Archive pour la catégorie 'Littérature française (11)'

24
avr
09

Frédérique Deghelt – La grand mère de Jade


Deux femmes, deux générations, 50 années d’écart mais une passion commune, un amour commun : la passion des livres. Si l’une ne s’en est jamais caché et en a fait son métier, l’autre a vécu 60 ans dans les livres en secret, les cachant derrière sa bible. Parce qu’à l’époque, une femme de la campagne ne devait pas lire, une femme devait rester à la maison s’occuper des enfants, chose qu’elle faisait à merveille. Alors Jade, la plus jeune, propose à sa Mamoune savoyarde de la rejoindre dans son appartement parisien afin de partager ensemble leur quotidien de femme célibataire.

Vont s’ensuivre quelques mois de bonheur où les notions de partage, d’affection et de reconnaissance auront toute leur place. La grand-mère de Jade, plus qu’un livre, est une vieille dame exceptionnelle et extrêmement cultivée, remplie de joie de vivre. La passion pour les mots, les belles phrases qui ont du sens, vont lier ces deux âmes qui se découvrent en même temps que nous les admirons. Pour “Vous [qui] aimez deviner ce qui se joue entre l’écrivain et son lecteur, ce regard infiniment long qu’ils échangent sans jamais que leurs yeux ne se croisent”.

Parce qu’avant leur fusion, leur vie était trop simple, trop teintée de solitude et de banalité, la compagnie de l’autre va apporter plus que de la chaleur, plus que de la joie de vivre : une nouvelle rencontre pour chacune, mais aussi pour nous lecteurs, qui nous laisseront emporter par l’originalité de ces nouveaux personnages.
Quand à la fin… Je vous mets au défi d’avoir pu l’envisager, quand bien même je vous aurai prévenu. Si subtile, si pimentée, si émouvante. Que vous ne pouvez que considérer ce livre comme un beau livre, un de ceux dont on ne peut s’empêcher de noter quelques passages.

Après cette lecture, si comme moi votre avis était mitigé sur la collection Actes Sud avec son format étroit peu pratique et ses auteurs souvent trop simplistes, vous ne la verrez je pense plus de la même façon, et vous sentirez enfin que non, vous n’êtes pas les seuls à dévorer avec autant d’avidité des livres, vous n’êtes pas les seuls à trouver votre bonheur, une grande partie de votre vie, dans vos lectures.

Et puis si vous pensez que l’histoire d’une grand-mère de 80 ans ne doit pas être très palpitante, prouvez-vous le contraire en lisant La grand mère de Jade. Il y a des gens qui ont la chance, le privilège, ou le courage d’être heureux, agréables, vivants, jusqu’à la fin. De plus, il y a tout ce qui fait qu’un roman plait aujourd’hui : de l’amour, du suspens, du quotidien. Avec un petit plus, une subtilité propre au message que veut faire passer sans doute l’écrivain.

“Mamoune”, cette grand-mère d’un autre âge, d’une autre époque, mais surtout, d’un autre genre humain, saura nous apporter cette fraicheur qu’elle semble avoir conservée malgré son âge avancé.

Petit bémol cependant.
Durant les premières pages, j’ai été déçue par le style littéraire de Deghelt, son expression trop simpliste malgré la trame de l’histoire qui semblait belle. Et puis à son rythme, ses phrases sonnent de bien en mieux, s’enchainent à merveille et nous poussent à les relever. On réalise que cette progression croissante dans la recherche d’un ton simple et fort était peut-être voulue, ce qui fait toute la magie de l’histoire et de l’écrivain.

24
avr
09

Dominique Mainard – Pour vous

Couverture

Couverture

Avant d’entamer cette critique, je dois vous avouer que je suis une inconditionnelle de D. Mainard, cette jeune écrivain Français peu connue mais appréciée par ses lecteurs, qui publie dans une merveilleuse édition aux couvertures toujours envoutantes : Joelle Losfeld. Je connais donc bien tous ses romans, et je les affectionne particulièrement pour leur univers sobre, poétique, ponctué par peu de personnages.

Cette fois, Mainard s’encombre, ou plutôt, se délecte d’une bonne vingtaine de personnages qui auront chacun un rôle crucial pour comprendre la trame de ce roman. Ces personnages seront les clients (ou les patients ?) de l’agence que Delphine, le personnage principal, a crée depuis plusieurs années ; “Pour vous”. Tous ont une vie triste qu’ils osent à moitié avouer et à laquelle Delphine tente de remédier : remplacer l’enfant jamais eu, promener le grand père délaissé, jouer à tour de rôle l’amant et la maitresse, divertir un adolescent geek…

Mais au fil des clients et des jours qui passent, Delphine réalise sans se l’avouer que les services qu’elle offre ne sont peut être que des placebos illusoires avec date de péremption, seulement capables de révéler des malaises plus profonds. Et puis s’occuper des autres ne permet pas de s’épanouir, mentir aux autres engendre des mensonges à soi même. Delphine croit s’épanouir en égayant pour quelques instants la vie des autres, mais elle est pourtant éperdument seule.

Vouloir recréer, remodeler la vie des autres, c’est peut-être pour cacher la sienne. Et Delphine se rendra bien compte de tout cela, elle au cœur si sec, si fermé, qu’il en devint fragile.

L’atmosphère de ce livre est je trouve bien moins pesante que dans les autres romans de Mainard. Le style est peut être moins recherché. Mais l’intrigue est bien là, aussi étrange et inaccessible que la vie de ces clients perturbants.
J’ai été assez déçue par la fin, et par le fait que les 20 dernières pages du livre ne laissent entrevoir aucune autre issue que celle sur laquelle elles débouchent.

12
avr
08

Boris Vian – J’irai cracher sur vos tombes

Vernon sullivanComme Elles se rendent pas compte, ce roman de Vian a été publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Il s’agit donc d’une oeuvre plus cruelle, critique, qui s’est vue censurée à l’époque en France, et qui se déroule aux Etats-Unis.

Un jeune homme de 28 ans, métis, veut venger son frère noir mort, par sa couleur de peau. On ne connait pas vraiment les circonstances de cette mort, mais on devine qu’elles sont injustes aux yeux de Lee, le jeune homme, mais pas à ceux de la société. Il ouvre une librairie dans une petite ville et très vite se rapproche d’une bande de jeunes, où il couchera avec toutes les filles, parce qu’il est beau et qu’il les charme à la guitare.

Il s’agit pour Vian de dénoncer le racisme et les conditions de vie précaire des noirs américains. Mais la chose est assez difficile à cerner au début du livre si comme moi on n’a jamais entendu parler de ce roman.  Je regrette qu’il n’y ait pas un peu d’humour (bien que le sujet soit bien loin d’être drôle) ou de légèreté. Je retrouve bizarrement l’univers de Ryu Murakami dans J’irai cracher sur vos tombes : peu d’espoir, du sexe, des viols, des meurtres, des personnages condamnés dès la naissance, des paroles crues.

10
avr
08

Boris Vian – L’automne à Pékin

L'automne à PékinComme j’ai aimé ! Tant de cynisme, de talent, de références, de culture, mais surtout d’humour, d’humour et d’humour. Enfin un roman de Boris Vian comme j’espérais en lire : si l’on ne veut pas approfondir la lecture, on n’est pas obligé de parcourir une étude de l’oeuvre pour y comprendre quelques détails. Enfin l’histoire tient la route, les personnages sont certes tordus mais tellement drôles, vrais, louffoques.

J’ai vraiment adoré ce livre, surtout en y repensant.

Il y a tout de même beaucoup d’absurde et de décousu, du glauque, en particulier le premier chapitre du livre, pourtant extrêmement drôle, mais qui n’a strictement rien à voir avec la suite du texte. Belle entrée en matière en tout cas, et je pense vraiment que ce roman peut plaire à tous.

27
mar
08

Boris Vian – Elles se rendent pas compte

Boris vianPetit roman très peu connu de Boris Vian, aux allures de polar noir, très noir, et qui ne rentre pas dans la catégorie de l’absurde.

J’ai donc eu avec grand plaisir la surprise d’un livre de Vian qui était pour une fois (presque) pas tiré par les cheveux. Modérément dirons nous.

Le récrit est  à la première personne du singulier et le langage de plus en plus bâclé. Enfin, c’est l’effet souhaité et donné par l’écrivain. Au fur et à mesure que le personnage principal, un homme de la vingtaine, rentre dans son histoire, est submergé par les émotions, et réalise la complexité et la folie de ce qui lui est arrivé, que le style devient de plus en plus simpliste, le vocabulaire de moins en moins recherché, voir de plus en plus vulgaire.

Cet homme tente de sauver son amie d’enfance de 17 ans, tombée dans la drogue, entrainée par un gang de gays et lesbiennes (on dirait presque la mafia).

C’est une véritable course poursuite entre lui et son frère et cette bande d’originaux, assassins et sans pitié. Les scènes sont souvent violentes, qu’elles illustrent des bagarres ou des baiseries. Le ton est volontairement cru et sans laisser entrevoir d’espoir.

C’est agréable de lire enfin avec autant de facilité une œuvre de Boris Vian, où les femmes on encore une fois toute leur place (la tête du gang est une femme). On ne se rend même pas compte que l’on est au milieu du XXème siècle, et l’on a pas pour une fois à trier quels détails sont à retenir, puisque Vian en vient directement à l’essentiel.
26
mar
08

Vian Boris – L’herbe rouge

l'herbe rouge, boris vianVian repousse plus d’un lecteur assidu sans même que celui-ci l’ai déjà lu, parce qu’au même titre que Jules Vernes ou Wells et à la même époque, il considère plus de choses que celles qui font la banalité du quotidien et la lassitude de la vie, ou plutôt il va beaucoup trop loin de la réalité et du rationalisme pour être considéré avec un grand écrivain. En effet pour beaucoup il est plus aisé d’écrire de jolies choses en ne se limitant pas à la réalité, parce que notre champ d’action et d’interprétation et plus grand, moins risqué. Je ne fais pas partie de ces personnes qui osent un jour, souvent par dépit, saisirent un livre de Vian et, au choix, renier leurs anciennes considérations, ou, au contraire, les défendre et ne plus jamais considérer Vian. Je fais partis de ceux qui ont toujours été bercé par les proses de Vian, par l’impact de ses oeuvres sur la littérature d’aujourd’hui.

Le récit ? Fantaisiste, absurde, avec une pointe d’autobiographie. Deux mondes s’opposent : l’un plus ou moins réaliste et l’un complètement tiré d’un univers de science fiction, avec une machine à effacer les souvenirs (après les avoir intensément ressassés). Le personnage principal, Wolf, passe de l’un à l’autre et non s’en mal, ce qui le conduira dailleurs à une fin étrange. Sordide?

Deux femmes apparaissent dans le récit et ont des rôles bien distincts de ceux des hommes. Pourtant l’on n’hésite pas à les considérer supérieures :

” – Pourquoi est-ce que nous résistons mieux? demanda Lil

- Parce que nous avons un préjugé contre nous, dit Folavril, et ça nous donne à chacune la force d’un ensemble. Et ils croient qu’on est compliquées à cause de cet ensemble. C’est ce que je t’ai toujours dit.

- Alors ils sont bêtes, dit Lil.

- Ne les généralise pas à leur tour, dit Folavril. Ca va les rendre compliqués aussi. Et chacun d’eux ne le mérite pas. Il ne faut pas penser ” les hommes” mais “Lazuli” ou “Wolf”. Eux pensent toujours les femmes, c’est ça qui les perd.”

Rien d’étonnant en pleine période Simone de Beauvoir et ses Deux sexes.

Finalement comme à son habitude B. Vian enrichit son récit de ses propres expériences et visions de la vie tout en ommétant pas d’embellir la chose de nombreuses références musciales et littéraires.

Un peu trop de surréalisme à mon goût tout de même pour peu de moments révélateurs, mais il y en a, notamment lorsqu’il évoque la religion.

08
mar
08

Bernard Werber – Le mystère des dieux

Le mystère des dieuxJe viens de l’achever il y a à peine une minutes et je suis partagée.
Partagée, parce que jusqu’aux dernières pages (les 10 dernières à peu près) j’ai été très déçue par ce dernier opus.
En effet dès le début, la même histoire est répétée sur des dizaines de pages, un peu comme si elle était vue sous un autre angle à chaque fois. Michael Pinson, personnage principal depuis le premier tome, les Thanataunautes, à tout les privilèges, accordés non seulement par l’écrivain mais aussi au sein même du livre. C’est toujours lui qui a tous les droits, et c’est toujours lui le meilleur, celui qui prend les meilleurs choix, le seul à pouvoir comprendre l’histoire.
Car l’histoire ne s’enchaine pas aussi bien que ce à quoi Werber nous a habitué ; dans les précédents ouvrages, on pouvait observer les moindres recoins de l’imagination de l’auteur. Dans le Mystère des dieux, on a souvent l’impression que le travail est bâclé.
Depuis toujours, et particulièrement après la sortie du Papillon des étoiles, Werber est bien loin d’être le chouchou des critiques littéraires. On reprochait à ce dernier de refaire encore et toujours la même chose, d’aborder les même thèmes, les même personnages. Pourtant le Papillon des étoiles m’avait vraiment plu.
Mais cette fois, je suis les critiques.
D’ailleurs Werber a mis en avant ces critiques ; Michael Pinson s’incarne dans sa vie d’écrivain, et si le nom est différent, on sent une forte ressemblance, ce qui laisse penser un certain pédantisme et égocentrisme de Bernard Werber. Décevant.

Les habitués des romans de Werber (je les ai moi-même tous lus) savent et souvent apprécient le fait que l’écrivain enrichisse son récit d’extrait d’une certaine “encyclopédie” (la aussi le terme est assez pompeux) dont il est lui même l’auteur. En règle général, ces extraits, souvent historiques, mythologiques ou scientifiques, concordent parfaitement avec ce qui est dit dans le récit juste avant ou après. Mais dans le mystère des dieux, c’est souvent loin d’être le cas, et là encore, c’est décevant.

Je ne peux malheureusement pas trop préciser ma critiques, parce qu’elle révèlerait le fil du récit, et ce ne serait pas sympa vis-a-vis du lecteur qui n’a pas encore commencé ou achevé le bouquin.
Mais je dois quand même préciser que j’ai enfin été ravie, et que j’ai eu le sentiment de retrouver l’écrivain que j’apprécie, une fois arrivées vers la 460ème pages du livre (qui en compte environ 475). Soulagements. Agréable surprise, après des passages encore plus décevant : on n’a à peine le temps de trouver l’histoire intéressante qu’elle bascule complètement, sans véritable justification. Et tout se déroule en accéléré. Alors que dans chaque roman on découvrait un  à un la signification de chaque chiffre (0,1,2, 3 etc…), dans celui-ci, on en découvre beaucoup, beaucoup trop pour ne pas ressentir cette impression de travail bâclé.

Bref, je suis sans doute un peu trop sévère avec Werber, mais il est tellement rare que des écrivains imaginatifs utilisent la science pour écrire des romans qu’on a le droit de les admirer et d’être déçus parfois. Ceci dit, Le mystère des dieux (et surtout les précédents opus) reste un livre agréable.

12
fév
08

Véronique Ovaldé – Déloger l’animal

Déloger l'animalDans un premier temps, je dois avoué que j’ai supporté les phrases interminables de Véronique Ovaldé, des tirets en veux-tu en voilà qui s’étalent sur des pages et des pages (sans aucune exagération). On essaie de se consoler en se disant que c’est le début du bouquin, qu’il y a beaucoup d’informations à présenter et que ça va s’amoindrir au fil des pages, mais hélas ce n’est pas le cas.

On finit tout de même par en faire abstraction. En effet, l’écrivain écrit admirablement bien, c’est drôle, c’est bien trouvé. De jolies métaphores originales et qui sonnent bien.

L’intrigue est bien menée. L’auteur déborde d’imagination, presque autant que son personnage principal, une jeune fille retardée mentale, dont on cache la vérité, et qui du coup s’invente un monde bien à elle, aidée de sa voisine de 65 ans, sa seule amie.

Avant de lire ce bouquin, j’en ai lu quelques critiques, qui m’ont appris que la fin était surprenante. Je m’attendais donc à quelque chose d’innatendu, et ce le fut, bien que tout au long de ma lecture j’essayais de m’imaginer la fin la plus incongrue. En effet, je n’ai lu que pour la fin, car le déroulement du livre n’a rien de captivant, si ce n’est l’écriture que je qualifierais presque de parfaite à mon goût. J’étais donc agréablement ravie des dernières pages, et ce sentiment m’a donné envie de découvrir d’autres ouvrages nés de cette belle plume.

12
fév
08

Daniel Pennac – Messieurs les enfants

Messieurs les enfantsUn professeur sarcastique donne à ses élèves une rédaction dont le sujet est en gros :vous devenez vos parents, et vos parents les enfants. Sa devise : “l’imagination, ce n’est pas le mensonge“. Et pourtant ce récit va nous entrainer dans un univers très éloigné de l’imagination : la réalité.

3 élèves de l’instit en question vont se voir confronter pour de vrai au sujet de l’expression écrite et devoir murir de 20 ans en quelques heures, au milieu des prostitués, des gendarmes et du directeur de l’école.

Le sujet n’a je trouve rien d’exceptionnel, l’intrigue non plus, mais l’humour est là. Un petit roman agréable, sans plus. Heureusement il se lit vite.

25
jan
08

Olivier Adam – A l’ouest

A l'abri de rienOlivier Adam? Jeune écrivain, plus connu pour ses succès, dont l’un d’eux adaptés au cinéma : Je vais bien ne t’en fais pas, mais aussi Falaise ou Passer l’hiver (nouvelles).

A l’ouest a pourtant été à l’abri de la médiatisation. Très court, très simple. Le style n’est en rien pompeux. Rien de plus fluide, de plus naturel, de plus vivant, de plus réaliste que la plume d’Adam.

Une famille détruite dérive encore un peu. Les souvenirs d’un passé heureux, du quotidien monotone, de la mélancolie du monde, de la difficulté d’aimer, de s’intégrer, sont ressentis à travers des personnages poignants et un ton saisissant.

La routine ne nous abrite de rien, bien au contraire, et Olivier arrive très bien à nous le faire comprendre.