Archive pour la catégorie 'Littérature asiatique (17)'

12
avr
08

Ryû Murakami – La guerre commence au-delà de la mer

Couverture

Couverture

Certains éditeurs présentent cet ouvrage comme la suite de Bleu presque transparent en reprenant les même thèmes. Je ne trouve pas.

On pourrait découper ce roman en quelques nouvelles car à nouveau il n’y a pas de fil conducteur précis. Les mots ne sont pas là pour révéler le talent de l’écrivain, ni pour raconter une histoire charmante ou pleine de suspens, ni pour distraire le lecteur, ni pour argumenter une thèse, ni pour proposer une solution. Rien de tout ça.

En parallèle deux histoires : celle d’un jeune couple qui se découpe au bord de mer et observe l’horizon, un horizon qui, dans la deuxième histoire, est le reflet de la vision de notre monde actuel par Ryu, en pire. Un monde sans espoir, gouverné par les pires tyrans, désolation de peuples, de la nature, des optimistes, destruction active de l’humanité est de ce qui fait sa grandeur : le progrès.

” Lorsqu’on mélange brutalement toutes les couleurs de la palette, quelles qu’elles soient, on finit par obtenir un vert grisâtre que l’on ne peut plus dépasser : les yeux incertains de l’homme sont exactement de cette couleur. »

La palette littéraire de Murakami est quand à elle bien riche, comme le prouve le récit de cette guerre au-delà de la mer ; au delà de la mer, mais pourtant en chacun de nous.

10
avr
08

Ryû Murakami – Les bébés de la consigne automatique

Les bébés de la consigne automatiqueUn nouveau livre de Ryû dévoré au mois de Mars dernier (je n’ai malheureusement pas le temps de me connecter quotidiennement et même hebdomadairement à Internet, d’où un immense retard sur mes “chroniques”). Pour commencer à en parler, voici un extrait assez long, mais qui je trouve résume tout à fait le style de ce livre.

“- Mais tu attends quoi ? Tu auras beau attendre, rien ne viendra jamais, ton attente n’est qu’un prétexte à ne rien faire, une illusion. Perdue dans un désert aride, tu avales du sable en croyant boire de l’eau.

Une illusion et alors ? Je vois des mirages, je sais, et alors ? J’en ai marre de l’eau, moi, j’en suis écœurée à mourir, plutôt qu’une vieille eau croupie je préfère mille fois des grains de sable qui grincent entre les dents et déchirent la gorge jusqu’au sang, je suis malade à vomir de respirer ce vieil air stagnant, mon ennui finira par recouvrir la terre et j’allumerai un feu avec , tandis que toi, pour retenir ton envie de vomir, tu écoutes toujours les mêmes vieilles chansons sans te rendre compte à quel point elle t’ennuient, comme un vieux qui va à la pèche pour passer le temps, mais moi mon ennui j’irai le brûler au soleil, il deviendra un énorme ballon d’air chaud qui se transforme en énorme nuage et quand ce nuage crèvera une pluie se mettra à tomber sans s’arrêter jusqu’à ce que tes poumons en pourrissent d’humidité, les trottoirs mouillés finiront par se fendre, les flaques s’élargiront en petites rivières coulant entre les buildings, le niveau de l’eau montera tous les jours jusqu’à ce que l’humidité empêche tout le monde de respirer et que les palétuviers poussent entre les fentes du béton, la villes les arbres s’écrouleront, pourriront dans l’eau et deviendront des nids d’insectes venimeux comme tu n’en as jamais vu, les insectes pondront des œufs d’où des larves sortiront en rampant et c’est alors que tes cauchemars d’alcoolique et d’overdose de sperme commenceront à se réaliser, les insectes viendront se nourrir de tes chairs pourries, ta chambre de malade deviendra un repaire de vers et d’araignées mais ce que j’attends le plus viendra seulement après tout ça, quand la pluie sera calmée : un soleil dix fois plus gros qu’avant se lève, et moi je vis avec Gulliver en haut d’une de ces tours restées debout et je regarde en bas et je vois des forêts tropicales et des fleurs de jungle et des gens brûlées par les fièvres, voila ce que j’attends, voila ce que je désire.”

Le style de ce livre se rapproche certes de celui de Ryû en général, mais pourtant il y a dans Les bébés de la consigne automatique quelque chose en plus. Mes petites habitudes de lectures font que lorsque je lis pour la première fois des écrivains renommés, je commence d’abord à parcourir leurs livres les moins connus pour découvrir ensuite les bestsellers, ou du moins ceux qui ont eu le plus de succès. C’est ainsi que je suis arrivée à la lecture de celui-ci après avoir lu 5 ou 6 œuvres du même écrivain. Ce qu’il a en plus ou de différent, ce sont ces phrases longues, parlées, qui se perdent en métaphores souvent simplistes mais vraies, sans faire réfléchir mais passionnantes, enivrantes.

J’ai vraiment des avis très mitigés en ce qui concerne les livres à succès, particulièrement à propos de ceux qui viennent du Japon, parce que le Japon est “à la mode”, qu’il inspire, et qu’il bénéficie ainsi peut-être de critiques moins poussées. Enfin ce préjugé est sans doute injustifié, notamment après la lecture des Bébés de la consigne automatique.

Deux nourrissons sont abandonnés dès leur naissance dans des consignes de gare et miraculeusement retrouvés vivants. Adoptés, leurs chemins n’arrêtera pas de se mêler et leur destin sera toujours lié. Leur existence sera comme celle qui semblait leur être promise lors de leur abandon : terne, effrayante, choquante. Ils seront toujours attirés par le sang, la violence, le cynisme, ils seront sadiques, cruels, vils. Et pourtant ces deux garçons sont bien différents. Hashi, peureux, influençable, popstar, Kiku athlète, admiré, attirant, courageux. Leur vie (comme le livre) sera rythmée par le sexe, la dépression, les désastres, les rencontres étranges, l’amour, la fraternité, bref, les ingrédients de toutes les dégustations de Murakami.

J’ai aimé ce livre, mais je ne vois pas pourquoi ses critiques sont si élogieuses contrairement à par exemple celles de Miso soup. J’y retrouve toujours le même refrain (dont je ne me lasse pas) mais l’histoire est en effet beaucoup plus détaillée, arrangée, maitrisée ; pas étonnant vu la longueur du roman.

Bref, je me tarde toujours à lire la trilogie de Ryu qui apparemment ressemble beaucoup à Bleu presque transparent, et qui risquerait dont de faire baisser énormément ce Murakami dans mon estime.

26
mar
08

Murakami Ryû – Miso soup

miso soupVous venez de lire les premières pages ? Alors considérez que vous avez aussi lu les dernières. A nouveau ce livre de Ryû se termine comme il commence ; même univers, même ressentiments, même personnages, même ambiance, même ton. Et le dénouement auquel on pouvait s’attendre s’avère exact. Pourtant, absence de déception.

Et effet je pense qu’un lecteur de R. Murakami est prévenu, préparé et persuadé quand à l’atmosphère qui règnera dans chacun de ses romans. Et une telle monotonie, lassitude, un tel pessimisme dans le style et dans l’esprit de l’écrivain ne peut laisser place qu’à une histoire sans grand suspens.

Descriptions des bas-fonds de la société japonaise, des âmes qui, trop chamboulées par une guerre et des atrocités, ne se régénèrent pas, tout comme les corps qui les enveloppe, et qui, empreints de blessure et de compassion, témoignent de la détresse de la jeunesse japonaise mais aussi de tout un peuple.

Ce livre de Murakami est donc pareil à tous les autres, les siens : peu de personnages, passages horrifiants, sentiment de dégoût de l’auteur qui perce les ligne et remplace les mots. La trame est écrire pour être suivie mais peu importe si vous ne retenez rien de l’intrigue ; on dirait encore une fois que l’écrivain cherche à ce que son lecteur s’attache aux moindres détails et scènes tragiques, effrayantes, plutôt qu’à la profondeur du récit (peu flagrante), et tant pis pour le style et la reconnaissance littéraire.

A nouveau donc, R. Murakami ni une histoire de meurtre, ni une d’amour, ni d’aventures d’étrangers occidentaux débarquant au Japon, ni de prostitution, encore moins de délinquance, comme les résumés de quatrième de couverture pourraient le laisser présager mais bien un méli-mélo de tout cela qui n’est en fait que la représentation peu objective (ou pas) que se fait Ryû du Japon de la fin du XXème siècle dont il avoue faire entièrement partie et dont il n’existe aucune échappatoire.

08
mar
08

Natsuki Ikesawa – La soeur qui portait des fleurs

La soeur qui portait des fleursComme beaucoup d’écrivains japonais (je pense aux Murakami notamment), Natsuki est passioné par la civilisation grecque et a un grand nombre de connaissances scientifiques.

Ces deux aspects de sa personnalité ne se ressentent pas du tout dans La soeur qui portait des fleurs.

L’histoire commence agréablement par le récit de la vie d’une jeune japonaise à Paris. Les descriptions de la ville et des ressentiments de l’étrangères face à la capitale mais aussi au particularité des autochtones sonnent bien. Et puis ce récit s’interrompt pour laisser place à un narrateur qui s’adresse au lecteur, ou plutôt qui emploie (et emploira jusqu’à la fin du livre) le pronom “tu”. Procédé littéraire afin d’inviter le lecteur à se rapprocher de l’histoire et de ses personnages, c’est réussi. Le roman sera construit comme un cycle géoclimatique : une alternance de périodes interglaciaires (plus courtes, apportant un peu de chaleur, d’espoir, qui illustrent les pensées et les aventures de la jeune fille) et de périodes glaciaires (cruellement froides, dont on ne voit pas la fin, et à l’intérieur de laquelle la vie peut difficilement  s’installer).

Ce qui relie les deux personnages ? Ce sont un frère et une soeur cadette, 5 ans les sépare, mais ce n’est pas tout. Le premier est peintre de renom mais aussi toxico, la seconde interprète, vadrouillant un peu partout dans le monde. Le premier se verra condamné pour détention et vente de drogue tandis que la seconde fera tout pour sauver son frère, malgré les difficultés, qui sont particulières puisque le frère était à Bali au moment de son arrestation, et qu’en Indonésie, la justice est très dure envers les étrangers.

Mais je n’ai pas eu vraiment d’attrait pour ce combat de la soeur pour son frère, qui est le thème essentiel du roman. Ce que j’ai préféré, c’est comment la passion du garçon pour la peinture  était retranscrite, à la fois grâce à ses rencontres, mais aussi ses oeuvres, ses techniques. Jene suis vraiment pas une passionée de peinture, mais j’ai vraiment apprécié ces passages ou à travers l’intérêt que porte un peinte pour son tableau se ressent à travers des mots.

Les paysages ont l’air d’être magnifiques aux alentours de Bali, et les gens aussi. C’est ce qu’il y a de plus beau dans ce livre.

28
fév
08

Ying Chen – L’ingratitude

L'ingratitude de Ying Chen“(…) ils s’empressent de m’éliminer de la surface de leur terre. Mais il y a bien d’autres corps à brûler. Sur la voie du néant comme sur toutes les autres, il faut faire la queue. Garder la vertu de la patience. Attendre avec un sourire compréhensif.(…)”

Les premières pages de L’Ingratitude sont je trouve admirablement bien écrites. Le style est fluide, poétique, émotionnel, et en plus, ça sonne bien.

Ying où plutôt l’héroïne de l’histoire, une jeune fille chinoise étouffée depuis toujours par sa mère possessive, sadique et déroutante, nous raconte comment elle en est venue à vouloir se suicider, et ce qu’il arrive à elle-même et ses proches maintenant qu’elle est partie. Elle retrace les faits de sa vie qui l’ont marqué, tente de prouver au lecteur qu’elle est une victime, non pas une victime d’un homicide ou de manipulation, mais bien une victime de l’admiration. Cette admiration qu’elle porte à sa génitrice alors que cette dernière fait tout pour l’enfoncer et faire de sa fille une jeune femme bien sous tout rapport mais sans caractère, maîtresse dévouée à son mari et ses enfants. Consciente du comportement exagéré de sa mère, elle ne fait pourtant rien pour arranger les choses. Elle s’engage dans des histoires compliquées, contredit sa mère, méprise son père.

L’héroïne n’a donc rien d’un ange, et pourtant son cas, critique, émeut. Elle donne l’impression d’une fille qui n’a pu vivre ni enfance, ni adolescence, ni âge adulte ; une fille sans vie, écrasée par une mère sans coeur – et plus tard par un camion qui mettra fin à ses jours avant qu’elle ai pu se suicider. Il y a dans les relations mère-fille quelque chose d’unique qu’elles ressentent mais ne comprenne pas.

L’histoire est donc touchante, mais un peu longue tout de même (même si le roman ne fait qu’une centaine de page, il ne se passe pas grand chose). Mais c’est justement ce “pas grand chose qu’il se passe” qui traduit la réalité de la vie de la jeune fille et plus largement celle de milliers de jeunes chinoises, condamnées à épouser un mari qu’elle n’aime pas forcément pour mener une vie correct et être acceptée par la société.

26
fév
08

Ryû Murakami – Parasites

Parasites de Ryû MurakamiRyû est souvent décrit dans les critiques et forums littéraires comme le plus sombre et pessimiste des écrivains Japonais. Beaucoup diront que dans Parasites, il règne encore cet ambiance d’univers presque apocalyptique. Je ne trouve pas.

L’histoire est très originale (beaucoup plus que celle de Bleu presque transparent) ; un jeune homme qui vit reclut depuis des années seul dans son appartement, n’acceptant de sortir uniquement pour se rendre à l’hôpital où il est suivit et avec sa mère, se voit un jour offrir un ordinateur avec connexion internet. Il entre en communication avec une personnalité qu’il admire, du moins c’est ce qu’il pense. Il sera déçu lorsqu’il recevra une première réponse : ce n’est pas la personne elle-même mais un de ses subordonnés. S’en suit quelques échanges de mail. On apprendra en même temps sa triste histoire, et l’existence d’un certain ver qui le hanterais depuis la mort de son grand-père, existence affirmée par un de ses correspondants. S’en suit alors un long périple fastidieux et presque incompréhensible, dirigé par les pulsions du jeune homme, rythm2 par des excès de violence engendrant des morts dans de terribles circonstances, extrêmement bien décrites. On retrouve ici son style cru qu’il abordait dans Bleu presque transparent.

Je n’ai pas retrouvé le même style que dans les autres œuvres de Murakami au niveau de l’écriture : les phrases sont courtes et sobres, ce qui n’est pas très agréable à lire. Sujet verbe complément, c’est souvent uniquement sous cette structure de phrase que Ryû construit son récit. D’autre part, Ryû met l’accent sur certaines rencontres ou découvertes du personnage principal (Uheara) peu captivante et qui ne réapparaitrons jamais dans le récit, ce qu’il laisse penser qu’il cherche à allonger le récit (déjà long) et non à le détailler. Peut-être est-ce pour montrer à quel point Uehara est emprunt de folie, perdu, mais je ne l’ai pas ressenti ainsi. Enfin le dernier gros point négatif que j’ai pu relever : on ne sait pas si le ver décrit en long et en large existe que dans l’esprit d’Uehara ou non, et du coup si les passages scientifiques sont inventés, exagérés ou représentatifs de la vérité. Est-ce que le ver est fictif, et est nait dans Uehara parce qu’il était reclus de la société et qu’il n’avait aucun but dans la vie? Ou est-ce qu’il l’a vraiment contracté un jour?

D’autres originalités bercent le récit : Ryû recopie les mails que reçoit Uehara et les pages internet qu’il lit, ce qui pimente le récit et l’ancre dans la réalité. On se croirait parcourir les pages indiquées par notre cher moteur de recherche Google. Mais il est dommage que certains mails soient répétés plusieurs fois dans le récit, comme si le lecteur était incapable de retourner 30 pages plus loin.

Pour synthétiser tout ça, je dirai que Parasites est un roman original et difficilement cernable, mais sans doute moins que son personnage principal.

15
fév
08

Haruki Murakami – Le passage de la nuit

Le passage de la nuitEncore le genre de livres dont beaucoup raffolent : celui où la vie de personnages très différents se mêlent et se démêlent par le fait du hasard, d’un concourt de circonstances. Différentes histoires donc, qui se rejoignent toutes parce qu’elles se passent la même nuit ; une nuit banale à Tokyo, où tous les insomniaques ont la curieuse impression de se sentir les seuls éveillés, les seuls munis d’une certaines conscience à cette heure tardive.

J’ai beaucoup aimé ces bribes d’histoires et de vie, celle d’une étudiante paumé et d’une connaissance à sa soeur fan de jazz, d’une jeune prostituée battue, d’une employée de love-hotel, d’un salary-man à la dérive… mais moins celle où pourtant repose toute l’intrigue du livre : une jeune fille (la soeur de l’étudiante) dort depuis des mois, se levant uniquement pour effectuer le besoins vitaux.

Le narrateur omniscient se considère comme un point de vue et contemple ce monde étrange qui prend vie sous ses yeux. Pour une fois Murakami s’est tenu à quelque chose d’assez réaliste, mais un réalisme qui existe seulement chez ceux qui arrivent à voir plus loin que leur propre vie, qui arrivent à ressentir derrière les murs et les barrières de l’existence la multitude de sentiments différents que d’autres peuvent ressentir, avec pourtant le même passé. Comme si, en dehors de l’expérience personnelle, du patrimoine génétique, de la classe sociale, une autre instance nous guidait, où plutôt, nous nous laissions guider par une autre, transcendante, mais loin de toute divinité.

Je ne saurai expliquer où réside dans ce roman cette petite chose qui fait qu’on l’aime alors que son fil conducteur est le vide, presque le coma, c’est-à-dire un moment où il ne se passe rien.

11
fév
08

Chi Li – Triste vie

triste vieRoman tout autant émouvant que court.

Une centaine de pages -le minimum syndical- pour une petite heure agréable de lectures.

C’est le récit d’une journée traditionnelle d’un ouvrier de classe moyenne chinois, dont la vie est bercée par les soucis du quotidien : sa femme, son unique enfant, l’argent bien sur, le travail, et les amours d’antan.

Aller à l’usine de l’autre côté de la rive, son bambin sous le bras, partir à 6h du matin de chez soit après avoir fait sa toilette dans une des deux salles de bain de la copropriété et supporter les sarcasmes de sa femme, déposer l’enfant précipitamment à la petite école après  avoir usé de 1000 ruses pour pourvoir monter dans le bus plein à craquer, arriver à l’usine en subisant l’angoisse du retard qui serait punit, répéter les même gestes que la veille, voire les même visages, ne pas soupirer à l’annonce d’une prise promis et non acquise, manger le moins cher possible, subir les trahisons de ses collègues… Voila quelques actions singulières de cet homme dévoué à sa femme et à sa famille, pour qui la vie n’est jamais facile.

C’est triste, l’écriture semble sincère, c’est bourré de simplicité, ça touche, ça plait. 

11
fév
08

Ryû Murakami – Bleu presque transparent

Bleu presque transparentUn homonyme du célèbre Haruki Murakami pour lequel je me passionne, et pas des moindres. Ryû s’est vu remis l’équivalent du prix goncourt japonais pour ce roman. Etrange pour un prix goncourt je trouve.

Il ne se passe rien de particulier dans cet univers glauque, au milieu des années 70. Une bande de jeunes drogués, dont on ne connait ni l’âge, ni la vie, et qui n’ont pas l’air de mieux le connaitre, se trainent à des soirées entre deux piqures et partouzes.

Une écriture sans tabou, parfois presque écoeurante, choquante, notamment ce passage de 5 ou 6 pages ou il est décrit en détail comment une jeune fille, complètement droguée à l’héroïne, se fait lachement sodomiser par plusieurs hommes en même temps, et comment elle tente ensuite de soigner ses plaies. Durant ce passage, j’ai failli arrêter la lecture, ne voyant pas l’intérêt, et puis comme d’habitude, je ne pus me décider d’arrêter un livre déjà bien entamé.

J’ai donc continué, et les passages furent bien moins répugnants. C’est le récit d’une décadence déjà déplorable il y a quelques décennies, et qui ne cesse de s’étendre. Une décadence qui touche tous les milieux, toutes les classes, et qui nous fait vraiment nous interroger sur les valeurs du travail et de la vie. En effet, ces jeunes arrivent à se procurer pour des milliers de dollars des drogues dures, sans pour autant penser une seule fois à un emploi ou au futur.

De plus, les badauds qui passent devant leur appartement donnant sur la rue ne s’indignent pas plus que ça, et s’ils préviennent la police, c’est plus du aux nuisances sonores qu’à une certaine pitié, à une envie de faire sortir ces jeunes de l’impasse sombre dans laquelle ils sont engoncés, loin de toute transparence. 

J’aime plutôt, pas d’opinion plus précise, comme l’écrivain à propos du sujet de son livre.

06
fév
08

Haruki Murakami – Danse, danse, danse

Danse danse danseLa métaphore présentée par le titre est loin d’être la meilleure qu’a fait Murakami en révérence à la vie dans tous ses livres que j’ai dévoré jusqu’à présent. Les quelques passages évoquant cette danse – qui illustre la difficulté de faire toujours quelque chose de sa vie, de savoir quel pas présenter plutôt qu’en autre, d’être en accord avec toutes les musiques, c’est à dire le reste de la société- ne m’ont pas marqué.

Mais quel détail comparé à l’intégralité du roman.

C’est l’histoire d’un homme trentenaire, qui ne fait rien de très concret de sa vie, et qui se met à la recherche, sans vraiment y croire, d’une vie plus équilibrée, moins bizard, comme lui font remarquer les rares proches qui l’entoure.

Entre ses rencontres avec une fillette de 13 ans, un ancien camarade classe devenu acteur, des prostituées, des employées d’hôtel, un poète unijambiste fiancé à une photographe lunatique, on a pas le temps d’attendre un nouveau moment de suspens. En lisant Danse, danse, danse, j’ai ressenti le même plaisir qu’en lisant Kafka sur le rivage, à cela près que le rythme était -à peine- moins soutenu.

Le style fluide, poétique, réaliste avec une pointe de fantaisie, les références aux grands musiciens jazz et rock, sont toujours de la partie.

Quelle richesse d’imagination, de culture, de vocabulaire. Murakami à nouveau surprenant.