10
avr
08

Ryû Murakami – Les bébés de la consigne automatique

Les bébés de la consigne automatiqueUn nouveau livre de Ryû dévoré au mois de Mars dernier (je n’ai malheureusement pas le temps de me connecter quotidiennement et même hebdomadairement à Internet, d’où un immense retard sur mes “chroniques”). Pour commencer à en parler, voici un extrait assez long, mais qui je trouve résume tout à fait le style de ce livre.

“- Mais tu attends quoi ? Tu auras beau attendre, rien ne viendra jamais, ton attente n’est qu’un prétexte à ne rien faire, une illusion. Perdue dans un désert aride, tu avales du sable en croyant boire de l’eau.

Une illusion et alors ? Je vois des mirages, je sais, et alors ? J’en ai marre de l’eau, moi, j’en suis écœurée à mourir, plutôt qu’une vieille eau croupie je préfère mille fois des grains de sable qui grincent entre les dents et déchirent la gorge jusqu’au sang, je suis malade à vomir de respirer ce vieil air stagnant, mon ennui finira par recouvrir la terre et j’allumerai un feu avec , tandis que toi, pour retenir ton envie de vomir, tu écoutes toujours les mêmes vieilles chansons sans te rendre compte à quel point elle t’ennuient, comme un vieux qui va à la pèche pour passer le temps, mais moi mon ennui j’irai le brûler au soleil, il deviendra un énorme ballon d’air chaud qui se transforme en énorme nuage et quand ce nuage crèvera une pluie se mettra à tomber sans s’arrêter jusqu’à ce que tes poumons en pourrissent d’humidité, les trottoirs mouillés finiront par se fendre, les flaques s’élargiront en petites rivières coulant entre les buildings, le niveau de l’eau montera tous les jours jusqu’à ce que l’humidité empêche tout le monde de respirer et que les palétuviers poussent entre les fentes du béton, la villes les arbres s’écrouleront, pourriront dans l’eau et deviendront des nids d’insectes venimeux comme tu n’en as jamais vu, les insectes pondront des œufs d’où des larves sortiront en rampant et c’est alors que tes cauchemars d’alcoolique et d’overdose de sperme commenceront à se réaliser, les insectes viendront se nourrir de tes chairs pourries, ta chambre de malade deviendra un repaire de vers et d’araignées mais ce que j’attends le plus viendra seulement après tout ça, quand la pluie sera calmée : un soleil dix fois plus gros qu’avant se lève, et moi je vis avec Gulliver en haut d’une de ces tours restées debout et je regarde en bas et je vois des forêts tropicales et des fleurs de jungle et des gens brûlées par les fièvres, voila ce que j’attends, voila ce que je désire.”

Le style de ce livre se rapproche certes de celui de Ryû en général, mais pourtant il y a dans Les bébés de la consigne automatique quelque chose en plus. Mes petites habitudes de lectures font que lorsque je lis pour la première fois des écrivains renommés, je commence d’abord à parcourir leurs livres les moins connus pour découvrir ensuite les bestsellers, ou du moins ceux qui ont eu le plus de succès. C’est ainsi que je suis arrivée à la lecture de celui-ci après avoir lu 5 ou 6 œuvres du même écrivain. Ce qu’il a en plus ou de différent, ce sont ces phrases longues, parlées, qui se perdent en métaphores souvent simplistes mais vraies, sans faire réfléchir mais passionnantes, enivrantes.

J’ai vraiment des avis très mitigés en ce qui concerne les livres à succès, particulièrement à propos de ceux qui viennent du Japon, parce que le Japon est “à la mode”, qu’il inspire, et qu’il bénéficie ainsi peut-être de critiques moins poussées. Enfin ce préjugé est sans doute injustifié, notamment après la lecture des Bébés de la consigne automatique.

Deux nourrissons sont abandonnés dès leur naissance dans des consignes de gare et miraculeusement retrouvés vivants. Adoptés, leurs chemins n’arrêtera pas de se mêler et leur destin sera toujours lié. Leur existence sera comme celle qui semblait leur être promise lors de leur abandon : terne, effrayante, choquante. Ils seront toujours attirés par le sang, la violence, le cynisme, ils seront sadiques, cruels, vils. Et pourtant ces deux garçons sont bien différents. Hashi, peureux, influençable, popstar, Kiku athlète, admiré, attirant, courageux. Leur vie (comme le livre) sera rythmée par le sexe, la dépression, les désastres, les rencontres étranges, l’amour, la fraternité, bref, les ingrédients de toutes les dégustations de Murakami.

J’ai aimé ce livre, mais je ne vois pas pourquoi ses critiques sont si élogieuses contrairement à par exemple celles de Miso soup. J’y retrouve toujours le même refrain (dont je ne me lasse pas) mais l’histoire est en effet beaucoup plus détaillée, arrangée, maitrisée ; pas étonnant vu la longueur du roman.

Bref, je me tarde toujours à lire la trilogie de Ryu qui apparemment ressemble beaucoup à Bleu presque transparent, et qui risquerait dont de faire baisser énormément ce Murakami dans mon estime.


1 Réponse vers “Ryû Murakami – Les bébés de la consigne automatique”


  1. 1 Gia
    10 juin 2008 à 10:59

    De Murakami,j’ai lu Les Bébés de la Consigne Automatique et Ecstasy.Je n’ai jamais fini la lecture de Bleu presque Transparent mais je ne désespère pas de l’achever un jour.Je suis d’accord sur un point:le Japon “bénéficie peut-être de critiques moins poussées”.Lorsque l’on voit certaines critiques élogieuses faites à des romans tels que Bleu presque Transparent ou Serpents et Piercings d’Hitomi Kanehara qui ont tous deux reçu le prix Akutagawa,il y a de quoi se poser des questions.De plus,certains se permettent de comparer le travail d’Hitomi Kanehara(sans doute du fait que Murakami faisait parti du juré qu’il lui a décerné ce prix et qu’il ai complimenté le roman de cette demoiselle)à l’oeuvre de Murakami mais à mon avis c’est comme comparé le travail de Lolita Pille à l’oeuvre de Bret Easton Ellis(sauf peut-être si l’on se contante de comparer Bleu presque Transparent et Serpents et Piercings).En tout cas,malgré ses failles,Les Bébés de la Consigne Automatique demeure l’un de mes romans préférés.


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