Archive pour avril 2008

12
avr
08

Ryû Murakami – La guerre commence au-delà de la mer

Couverture

Couverture

Certains éditeurs présentent cet ouvrage comme la suite de Bleu presque transparent en reprenant les même thèmes. Je ne trouve pas.

On pourrait découper ce roman en quelques nouvelles car à nouveau il n’y a pas de fil conducteur précis. Les mots ne sont pas là pour révéler le talent de l’écrivain, ni pour raconter une histoire charmante ou pleine de suspens, ni pour distraire le lecteur, ni pour argumenter une thèse, ni pour proposer une solution. Rien de tout ça.

En parallèle deux histoires : celle d’un jeune couple qui se découpe au bord de mer et observe l’horizon, un horizon qui, dans la deuxième histoire, est le reflet de la vision de notre monde actuel par Ryu, en pire. Un monde sans espoir, gouverné par les pires tyrans, désolation de peuples, de la nature, des optimistes, destruction active de l’humanité est de ce qui fait sa grandeur : le progrès.

” Lorsqu’on mélange brutalement toutes les couleurs de la palette, quelles qu’elles soient, on finit par obtenir un vert grisâtre que l’on ne peut plus dépasser : les yeux incertains de l’homme sont exactement de cette couleur. »

La palette littéraire de Murakami est quand à elle bien riche, comme le prouve le récit de cette guerre au-delà de la mer ; au delà de la mer, mais pourtant en chacun de nous.

12
avr
08

Boris Vian – J’irai cracher sur vos tombes

Vernon sullivanComme Elles se rendent pas compte, ce roman de Vian a été publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Il s’agit donc d’une oeuvre plus cruelle, critique, qui s’est vue censurée à l’époque en France, et qui se déroule aux Etats-Unis.

Un jeune homme de 28 ans, métis, veut venger son frère noir mort, par sa couleur de peau. On ne connait pas vraiment les circonstances de cette mort, mais on devine qu’elles sont injustes aux yeux de Lee, le jeune homme, mais pas à ceux de la société. Il ouvre une librairie dans une petite ville et très vite se rapproche d’une bande de jeunes, où il couchera avec toutes les filles, parce qu’il est beau et qu’il les charme à la guitare.

Il s’agit pour Vian de dénoncer le racisme et les conditions de vie précaire des noirs américains. Mais la chose est assez difficile à cerner au début du livre si comme moi on n’a jamais entendu parler de ce roman.  Je regrette qu’il n’y ait pas un peu d’humour (bien que le sujet soit bien loin d’être drôle) ou de légèreté. Je retrouve bizarrement l’univers de Ryu Murakami dans J’irai cracher sur vos tombes : peu d’espoir, du sexe, des viols, des meurtres, des personnages condamnés dès la naissance, des paroles crues.

10
avr
08

Boris Vian – L’automne à Pékin

L'automne à PékinComme j’ai aimé ! Tant de cynisme, de talent, de références, de culture, mais surtout d’humour, d’humour et d’humour. Enfin un roman de Boris Vian comme j’espérais en lire : si l’on ne veut pas approfondir la lecture, on n’est pas obligé de parcourir une étude de l’oeuvre pour y comprendre quelques détails. Enfin l’histoire tient la route, les personnages sont certes tordus mais tellement drôles, vrais, louffoques.

J’ai vraiment adoré ce livre, surtout en y repensant.

Il y a tout de même beaucoup d’absurde et de décousu, du glauque, en particulier le premier chapitre du livre, pourtant extrêmement drôle, mais qui n’a strictement rien à voir avec la suite du texte. Belle entrée en matière en tout cas, et je pense vraiment que ce roman peut plaire à tous.

10
avr
08

Ryû Murakami – Les bébés de la consigne automatique

Les bébés de la consigne automatiqueUn nouveau livre de Ryû dévoré au mois de Mars dernier (je n’ai malheureusement pas le temps de me connecter quotidiennement et même hebdomadairement à Internet, d’où un immense retard sur mes “chroniques”). Pour commencer à en parler, voici un extrait assez long, mais qui je trouve résume tout à fait le style de ce livre.

“- Mais tu attends quoi ? Tu auras beau attendre, rien ne viendra jamais, ton attente n’est qu’un prétexte à ne rien faire, une illusion. Perdue dans un désert aride, tu avales du sable en croyant boire de l’eau.

Une illusion et alors ? Je vois des mirages, je sais, et alors ? J’en ai marre de l’eau, moi, j’en suis écœurée à mourir, plutôt qu’une vieille eau croupie je préfère mille fois des grains de sable qui grincent entre les dents et déchirent la gorge jusqu’au sang, je suis malade à vomir de respirer ce vieil air stagnant, mon ennui finira par recouvrir la terre et j’allumerai un feu avec , tandis que toi, pour retenir ton envie de vomir, tu écoutes toujours les mêmes vieilles chansons sans te rendre compte à quel point elle t’ennuient, comme un vieux qui va à la pèche pour passer le temps, mais moi mon ennui j’irai le brûler au soleil, il deviendra un énorme ballon d’air chaud qui se transforme en énorme nuage et quand ce nuage crèvera une pluie se mettra à tomber sans s’arrêter jusqu’à ce que tes poumons en pourrissent d’humidité, les trottoirs mouillés finiront par se fendre, les flaques s’élargiront en petites rivières coulant entre les buildings, le niveau de l’eau montera tous les jours jusqu’à ce que l’humidité empêche tout le monde de respirer et que les palétuviers poussent entre les fentes du béton, la villes les arbres s’écrouleront, pourriront dans l’eau et deviendront des nids d’insectes venimeux comme tu n’en as jamais vu, les insectes pondront des œufs d’où des larves sortiront en rampant et c’est alors que tes cauchemars d’alcoolique et d’overdose de sperme commenceront à se réaliser, les insectes viendront se nourrir de tes chairs pourries, ta chambre de malade deviendra un repaire de vers et d’araignées mais ce que j’attends le plus viendra seulement après tout ça, quand la pluie sera calmée : un soleil dix fois plus gros qu’avant se lève, et moi je vis avec Gulliver en haut d’une de ces tours restées debout et je regarde en bas et je vois des forêts tropicales et des fleurs de jungle et des gens brûlées par les fièvres, voila ce que j’attends, voila ce que je désire.”

Le style de ce livre se rapproche certes de celui de Ryû en général, mais pourtant il y a dans Les bébés de la consigne automatique quelque chose en plus. Mes petites habitudes de lectures font que lorsque je lis pour la première fois des écrivains renommés, je commence d’abord à parcourir leurs livres les moins connus pour découvrir ensuite les bestsellers, ou du moins ceux qui ont eu le plus de succès. C’est ainsi que je suis arrivée à la lecture de celui-ci après avoir lu 5 ou 6 œuvres du même écrivain. Ce qu’il a en plus ou de différent, ce sont ces phrases longues, parlées, qui se perdent en métaphores souvent simplistes mais vraies, sans faire réfléchir mais passionnantes, enivrantes.

J’ai vraiment des avis très mitigés en ce qui concerne les livres à succès, particulièrement à propos de ceux qui viennent du Japon, parce que le Japon est “à la mode”, qu’il inspire, et qu’il bénéficie ainsi peut-être de critiques moins poussées. Enfin ce préjugé est sans doute injustifié, notamment après la lecture des Bébés de la consigne automatique.

Deux nourrissons sont abandonnés dès leur naissance dans des consignes de gare et miraculeusement retrouvés vivants. Adoptés, leurs chemins n’arrêtera pas de se mêler et leur destin sera toujours lié. Leur existence sera comme celle qui semblait leur être promise lors de leur abandon : terne, effrayante, choquante. Ils seront toujours attirés par le sang, la violence, le cynisme, ils seront sadiques, cruels, vils. Et pourtant ces deux garçons sont bien différents. Hashi, peureux, influençable, popstar, Kiku athlète, admiré, attirant, courageux. Leur vie (comme le livre) sera rythmée par le sexe, la dépression, les désastres, les rencontres étranges, l’amour, la fraternité, bref, les ingrédients de toutes les dégustations de Murakami.

J’ai aimé ce livre, mais je ne vois pas pourquoi ses critiques sont si élogieuses contrairement à par exemple celles de Miso soup. J’y retrouve toujours le même refrain (dont je ne me lasse pas) mais l’histoire est en effet beaucoup plus détaillée, arrangée, maitrisée ; pas étonnant vu la longueur du roman.

Bref, je me tarde toujours à lire la trilogie de Ryu qui apparemment ressemble beaucoup à Bleu presque transparent, et qui risquerait dont de faire baisser énormément ce Murakami dans mon estime.