Archive pour mars 2008

27
mar
08

Boris Vian – Elles se rendent pas compte

Boris vianPetit roman très peu connu de Boris Vian, aux allures de polar noir, très noir, et qui ne rentre pas dans la catégorie de l’absurde.

J’ai donc eu avec grand plaisir la surprise d’un livre de Vian qui était pour une fois (presque) pas tiré par les cheveux. Modérément dirons nous.

Le récrit est  à la première personne du singulier et le langage de plus en plus bâclé. Enfin, c’est l’effet souhaité et donné par l’écrivain. Au fur et à mesure que le personnage principal, un homme de la vingtaine, rentre dans son histoire, est submergé par les émotions, et réalise la complexité et la folie de ce qui lui est arrivé, que le style devient de plus en plus simpliste, le vocabulaire de moins en moins recherché, voir de plus en plus vulgaire.

Cet homme tente de sauver son amie d’enfance de 17 ans, tombée dans la drogue, entrainée par un gang de gays et lesbiennes (on dirait presque la mafia).

C’est une véritable course poursuite entre lui et son frère et cette bande d’originaux, assassins et sans pitié. Les scènes sont souvent violentes, qu’elles illustrent des bagarres ou des baiseries. Le ton est volontairement cru et sans laisser entrevoir d’espoir.

C’est agréable de lire enfin avec autant de facilité une œuvre de Boris Vian, où les femmes on encore une fois toute leur place (la tête du gang est une femme). On ne se rend même pas compte que l’on est au milieu du XXème siècle, et l’on a pas pour une fois à trier quels détails sont à retenir, puisque Vian en vient directement à l’essentiel.
26
mar
08

Vian Boris – L’herbe rouge

l'herbe rouge, boris vianVian repousse plus d’un lecteur assidu sans même que celui-ci l’ai déjà lu, parce qu’au même titre que Jules Vernes ou Wells et à la même époque, il considère plus de choses que celles qui font la banalité du quotidien et la lassitude de la vie, ou plutôt il va beaucoup trop loin de la réalité et du rationalisme pour être considéré avec un grand écrivain. En effet pour beaucoup il est plus aisé d’écrire de jolies choses en ne se limitant pas à la réalité, parce que notre champ d’action et d’interprétation et plus grand, moins risqué. Je ne fais pas partie de ces personnes qui osent un jour, souvent par dépit, saisirent un livre de Vian et, au choix, renier leurs anciennes considérations, ou, au contraire, les défendre et ne plus jamais considérer Vian. Je fais partis de ceux qui ont toujours été bercé par les proses de Vian, par l’impact de ses oeuvres sur la littérature d’aujourd’hui.

Le récit ? Fantaisiste, absurde, avec une pointe d’autobiographie. Deux mondes s’opposent : l’un plus ou moins réaliste et l’un complètement tiré d’un univers de science fiction, avec une machine à effacer les souvenirs (après les avoir intensément ressassés). Le personnage principal, Wolf, passe de l’un à l’autre et non s’en mal, ce qui le conduira dailleurs à une fin étrange. Sordide?

Deux femmes apparaissent dans le récit et ont des rôles bien distincts de ceux des hommes. Pourtant l’on n’hésite pas à les considérer supérieures :

” – Pourquoi est-ce que nous résistons mieux? demanda Lil

- Parce que nous avons un préjugé contre nous, dit Folavril, et ça nous donne à chacune la force d’un ensemble. Et ils croient qu’on est compliquées à cause de cet ensemble. C’est ce que je t’ai toujours dit.

- Alors ils sont bêtes, dit Lil.

- Ne les généralise pas à leur tour, dit Folavril. Ca va les rendre compliqués aussi. Et chacun d’eux ne le mérite pas. Il ne faut pas penser ” les hommes” mais “Lazuli” ou “Wolf”. Eux pensent toujours les femmes, c’est ça qui les perd.”

Rien d’étonnant en pleine période Simone de Beauvoir et ses Deux sexes.

Finalement comme à son habitude B. Vian enrichit son récit de ses propres expériences et visions de la vie tout en ommétant pas d’embellir la chose de nombreuses références musciales et littéraires.

Un peu trop de surréalisme à mon goût tout de même pour peu de moments révélateurs, mais il y en a, notamment lorsqu’il évoque la religion.

26
mar
08

Murakami Ryû – Miso soup

miso soupVous venez de lire les premières pages ? Alors considérez que vous avez aussi lu les dernières. A nouveau ce livre de Ryû se termine comme il commence ; même univers, même ressentiments, même personnages, même ambiance, même ton. Et le dénouement auquel on pouvait s’attendre s’avère exact. Pourtant, absence de déception.

Et effet je pense qu’un lecteur de R. Murakami est prévenu, préparé et persuadé quand à l’atmosphère qui règnera dans chacun de ses romans. Et une telle monotonie, lassitude, un tel pessimisme dans le style et dans l’esprit de l’écrivain ne peut laisser place qu’à une histoire sans grand suspens.

Descriptions des bas-fonds de la société japonaise, des âmes qui, trop chamboulées par une guerre et des atrocités, ne se régénèrent pas, tout comme les corps qui les enveloppe, et qui, empreints de blessure et de compassion, témoignent de la détresse de la jeunesse japonaise mais aussi de tout un peuple.

Ce livre de Murakami est donc pareil à tous les autres, les siens : peu de personnages, passages horrifiants, sentiment de dégoût de l’auteur qui perce les ligne et remplace les mots. La trame est écrire pour être suivie mais peu importe si vous ne retenez rien de l’intrigue ; on dirait encore une fois que l’écrivain cherche à ce que son lecteur s’attache aux moindres détails et scènes tragiques, effrayantes, plutôt qu’à la profondeur du récit (peu flagrante), et tant pis pour le style et la reconnaissance littéraire.

A nouveau donc, R. Murakami ni une histoire de meurtre, ni une d’amour, ni d’aventures d’étrangers occidentaux débarquant au Japon, ni de prostitution, encore moins de délinquance, comme les résumés de quatrième de couverture pourraient le laisser présager mais bien un méli-mélo de tout cela qui n’est en fait que la représentation peu objective (ou pas) que se fait Ryû du Japon de la fin du XXème siècle dont il avoue faire entièrement partie et dont il n’existe aucune échappatoire.

08
mar
08

Natsuki Ikesawa – La soeur qui portait des fleurs

La soeur qui portait des fleursComme beaucoup d’écrivains japonais (je pense aux Murakami notamment), Natsuki est passioné par la civilisation grecque et a un grand nombre de connaissances scientifiques.

Ces deux aspects de sa personnalité ne se ressentent pas du tout dans La soeur qui portait des fleurs.

L’histoire commence agréablement par le récit de la vie d’une jeune japonaise à Paris. Les descriptions de la ville et des ressentiments de l’étrangères face à la capitale mais aussi au particularité des autochtones sonnent bien. Et puis ce récit s’interrompt pour laisser place à un narrateur qui s’adresse au lecteur, ou plutôt qui emploie (et emploira jusqu’à la fin du livre) le pronom “tu”. Procédé littéraire afin d’inviter le lecteur à se rapprocher de l’histoire et de ses personnages, c’est réussi. Le roman sera construit comme un cycle géoclimatique : une alternance de périodes interglaciaires (plus courtes, apportant un peu de chaleur, d’espoir, qui illustrent les pensées et les aventures de la jeune fille) et de périodes glaciaires (cruellement froides, dont on ne voit pas la fin, et à l’intérieur de laquelle la vie peut difficilement  s’installer).

Ce qui relie les deux personnages ? Ce sont un frère et une soeur cadette, 5 ans les sépare, mais ce n’est pas tout. Le premier est peintre de renom mais aussi toxico, la seconde interprète, vadrouillant un peu partout dans le monde. Le premier se verra condamné pour détention et vente de drogue tandis que la seconde fera tout pour sauver son frère, malgré les difficultés, qui sont particulières puisque le frère était à Bali au moment de son arrestation, et qu’en Indonésie, la justice est très dure envers les étrangers.

Mais je n’ai pas eu vraiment d’attrait pour ce combat de la soeur pour son frère, qui est le thème essentiel du roman. Ce que j’ai préféré, c’est comment la passion du garçon pour la peinture  était retranscrite, à la fois grâce à ses rencontres, mais aussi ses oeuvres, ses techniques. Jene suis vraiment pas une passionée de peinture, mais j’ai vraiment apprécié ces passages ou à travers l’intérêt que porte un peinte pour son tableau se ressent à travers des mots.

Les paysages ont l’air d’être magnifiques aux alentours de Bali, et les gens aussi. C’est ce qu’il y a de plus beau dans ce livre.

08
mar
08

Bernard Werber – Le mystère des dieux

Le mystère des dieuxJe viens de l’achever il y a à peine une minutes et je suis partagée.
Partagée, parce que jusqu’aux dernières pages (les 10 dernières à peu près) j’ai été très déçue par ce dernier opus.
En effet dès le début, la même histoire est répétée sur des dizaines de pages, un peu comme si elle était vue sous un autre angle à chaque fois. Michael Pinson, personnage principal depuis le premier tome, les Thanataunautes, à tout les privilèges, accordés non seulement par l’écrivain mais aussi au sein même du livre. C’est toujours lui qui a tous les droits, et c’est toujours lui le meilleur, celui qui prend les meilleurs choix, le seul à pouvoir comprendre l’histoire.
Car l’histoire ne s’enchaine pas aussi bien que ce à quoi Werber nous a habitué ; dans les précédents ouvrages, on pouvait observer les moindres recoins de l’imagination de l’auteur. Dans le Mystère des dieux, on a souvent l’impression que le travail est bâclé.
Depuis toujours, et particulièrement après la sortie du Papillon des étoiles, Werber est bien loin d’être le chouchou des critiques littéraires. On reprochait à ce dernier de refaire encore et toujours la même chose, d’aborder les même thèmes, les même personnages. Pourtant le Papillon des étoiles m’avait vraiment plu.
Mais cette fois, je suis les critiques.
D’ailleurs Werber a mis en avant ces critiques ; Michael Pinson s’incarne dans sa vie d’écrivain, et si le nom est différent, on sent une forte ressemblance, ce qui laisse penser un certain pédantisme et égocentrisme de Bernard Werber. Décevant.

Les habitués des romans de Werber (je les ai moi-même tous lus) savent et souvent apprécient le fait que l’écrivain enrichisse son récit d’extrait d’une certaine “encyclopédie” (la aussi le terme est assez pompeux) dont il est lui même l’auteur. En règle général, ces extraits, souvent historiques, mythologiques ou scientifiques, concordent parfaitement avec ce qui est dit dans le récit juste avant ou après. Mais dans le mystère des dieux, c’est souvent loin d’être le cas, et là encore, c’est décevant.

Je ne peux malheureusement pas trop préciser ma critiques, parce qu’elle révèlerait le fil du récit, et ce ne serait pas sympa vis-a-vis du lecteur qui n’a pas encore commencé ou achevé le bouquin.
Mais je dois quand même préciser que j’ai enfin été ravie, et que j’ai eu le sentiment de retrouver l’écrivain que j’apprécie, une fois arrivées vers la 460ème pages du livre (qui en compte environ 475). Soulagements. Agréable surprise, après des passages encore plus décevant : on n’a à peine le temps de trouver l’histoire intéressante qu’elle bascule complètement, sans véritable justification. Et tout se déroule en accéléré. Alors que dans chaque roman on découvrait un  à un la signification de chaque chiffre (0,1,2, 3 etc…), dans celui-ci, on en découvre beaucoup, beaucoup trop pour ne pas ressentir cette impression de travail bâclé.

Bref, je suis sans doute un peu trop sévère avec Werber, mais il est tellement rare que des écrivains imaginatifs utilisent la science pour écrire des romans qu’on a le droit de les admirer et d’être déçus parfois. Ceci dit, Le mystère des dieux (et surtout les précédents opus) reste un livre agréable.