Encore le genre de livres dont beaucoup raffolent : celui où la vie de personnages très différents se mêlent et se démêlent par le fait du hasard, d’un concourt de circonstances. Différentes histoires donc, qui se rejoignent toutes parce qu’elles se passent la même nuit ; une nuit banale à Tokyo, où tous les insomniaques ont la curieuse impression de se sentir les seuls éveillés, les seuls munis d’une certaines conscience à cette heure tardive.
J’ai beaucoup aimé ces bribes d’histoires et de vie, celle d’une étudiante paumé et d’une connaissance à sa soeur fan de jazz, d’une jeune prostituée battue, d’une employée de love-hotel, d’un salary-man à la dérive… mais moins celle où pourtant repose toute l’intrigue du livre : une jeune fille (la soeur de l’étudiante) dort depuis des mois, se levant uniquement pour effectuer le besoins vitaux.
Le narrateur omniscient se considère comme un point de vue et contemple ce monde étrange qui prend vie sous ses yeux. Pour une fois Murakami s’est tenu à quelque chose d’assez réaliste, mais un réalisme qui existe seulement chez ceux qui arrivent à voir plus loin que leur propre vie, qui arrivent à ressentir derrière les murs et les barrières de l’existence la multitude de sentiments différents que d’autres peuvent ressentir, avec pourtant le même passé. Comme si, en dehors de l’expérience personnelle, du patrimoine génétique, de la classe sociale, une autre instance nous guidait, où plutôt, nous nous laissions guider par une autre, transcendante, mais loin de toute divinité.
Je ne saurai expliquer où réside dans ce roman cette petite chose qui fait qu’on l’aime alors que son fil conducteur est le vide, presque le coma, c’est-à-dire un moment où il ne se passe rien.
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