Archive pour février 2008

28
fév
08

Ying Chen – L’ingratitude

L'ingratitude de Ying Chen“(…) ils s’empressent de m’éliminer de la surface de leur terre. Mais il y a bien d’autres corps à brûler. Sur la voie du néant comme sur toutes les autres, il faut faire la queue. Garder la vertu de la patience. Attendre avec un sourire compréhensif.(…)”

Les premières pages de L’Ingratitude sont je trouve admirablement bien écrites. Le style est fluide, poétique, émotionnel, et en plus, ça sonne bien.

Ying où plutôt l’héroïne de l’histoire, une jeune fille chinoise étouffée depuis toujours par sa mère possessive, sadique et déroutante, nous raconte comment elle en est venue à vouloir se suicider, et ce qu’il arrive à elle-même et ses proches maintenant qu’elle est partie. Elle retrace les faits de sa vie qui l’ont marqué, tente de prouver au lecteur qu’elle est une victime, non pas une victime d’un homicide ou de manipulation, mais bien une victime de l’admiration. Cette admiration qu’elle porte à sa génitrice alors que cette dernière fait tout pour l’enfoncer et faire de sa fille une jeune femme bien sous tout rapport mais sans caractère, maîtresse dévouée à son mari et ses enfants. Consciente du comportement exagéré de sa mère, elle ne fait pourtant rien pour arranger les choses. Elle s’engage dans des histoires compliquées, contredit sa mère, méprise son père.

L’héroïne n’a donc rien d’un ange, et pourtant son cas, critique, émeut. Elle donne l’impression d’une fille qui n’a pu vivre ni enfance, ni adolescence, ni âge adulte ; une fille sans vie, écrasée par une mère sans coeur – et plus tard par un camion qui mettra fin à ses jours avant qu’elle ai pu se suicider. Il y a dans les relations mère-fille quelque chose d’unique qu’elles ressentent mais ne comprenne pas.

L’histoire est donc touchante, mais un peu longue tout de même (même si le roman ne fait qu’une centaine de page, il ne se passe pas grand chose). Mais c’est justement ce “pas grand chose qu’il se passe” qui traduit la réalité de la vie de la jeune fille et plus largement celle de milliers de jeunes chinoises, condamnées à épouser un mari qu’elle n’aime pas forcément pour mener une vie correct et être acceptée par la société.

26
fév
08

Ryû Murakami – Parasites

Parasites de Ryû MurakamiRyû est souvent décrit dans les critiques et forums littéraires comme le plus sombre et pessimiste des écrivains Japonais. Beaucoup diront que dans Parasites, il règne encore cet ambiance d’univers presque apocalyptique. Je ne trouve pas.

L’histoire est très originale (beaucoup plus que celle de Bleu presque transparent) ; un jeune homme qui vit reclut depuis des années seul dans son appartement, n’acceptant de sortir uniquement pour se rendre à l’hôpital où il est suivit et avec sa mère, se voit un jour offrir un ordinateur avec connexion internet. Il entre en communication avec une personnalité qu’il admire, du moins c’est ce qu’il pense. Il sera déçu lorsqu’il recevra une première réponse : ce n’est pas la personne elle-même mais un de ses subordonnés. S’en suit quelques échanges de mail. On apprendra en même temps sa triste histoire, et l’existence d’un certain ver qui le hanterais depuis la mort de son grand-père, existence affirmée par un de ses correspondants. S’en suit alors un long périple fastidieux et presque incompréhensible, dirigé par les pulsions du jeune homme, rythm2 par des excès de violence engendrant des morts dans de terribles circonstances, extrêmement bien décrites. On retrouve ici son style cru qu’il abordait dans Bleu presque transparent.

Je n’ai pas retrouvé le même style que dans les autres œuvres de Murakami au niveau de l’écriture : les phrases sont courtes et sobres, ce qui n’est pas très agréable à lire. Sujet verbe complément, c’est souvent uniquement sous cette structure de phrase que Ryû construit son récit. D’autre part, Ryû met l’accent sur certaines rencontres ou découvertes du personnage principal (Uheara) peu captivante et qui ne réapparaitrons jamais dans le récit, ce qu’il laisse penser qu’il cherche à allonger le récit (déjà long) et non à le détailler. Peut-être est-ce pour montrer à quel point Uehara est emprunt de folie, perdu, mais je ne l’ai pas ressenti ainsi. Enfin le dernier gros point négatif que j’ai pu relever : on ne sait pas si le ver décrit en long et en large existe que dans l’esprit d’Uehara ou non, et du coup si les passages scientifiques sont inventés, exagérés ou représentatifs de la vérité. Est-ce que le ver est fictif, et est nait dans Uehara parce qu’il était reclus de la société et qu’il n’avait aucun but dans la vie? Ou est-ce qu’il l’a vraiment contracté un jour?

D’autres originalités bercent le récit : Ryû recopie les mails que reçoit Uehara et les pages internet qu’il lit, ce qui pimente le récit et l’ancre dans la réalité. On se croirait parcourir les pages indiquées par notre cher moteur de recherche Google. Mais il est dommage que certains mails soient répétés plusieurs fois dans le récit, comme si le lecteur était incapable de retourner 30 pages plus loin.

Pour synthétiser tout ça, je dirai que Parasites est un roman original et difficilement cernable, mais sans doute moins que son personnage principal.

15
fév
08

Haruki Murakami – Le passage de la nuit

Le passage de la nuitEncore le genre de livres dont beaucoup raffolent : celui où la vie de personnages très différents se mêlent et se démêlent par le fait du hasard, d’un concourt de circonstances. Différentes histoires donc, qui se rejoignent toutes parce qu’elles se passent la même nuit ; une nuit banale à Tokyo, où tous les insomniaques ont la curieuse impression de se sentir les seuls éveillés, les seuls munis d’une certaines conscience à cette heure tardive.

J’ai beaucoup aimé ces bribes d’histoires et de vie, celle d’une étudiante paumé et d’une connaissance à sa soeur fan de jazz, d’une jeune prostituée battue, d’une employée de love-hotel, d’un salary-man à la dérive… mais moins celle où pourtant repose toute l’intrigue du livre : une jeune fille (la soeur de l’étudiante) dort depuis des mois, se levant uniquement pour effectuer le besoins vitaux.

Le narrateur omniscient se considère comme un point de vue et contemple ce monde étrange qui prend vie sous ses yeux. Pour une fois Murakami s’est tenu à quelque chose d’assez réaliste, mais un réalisme qui existe seulement chez ceux qui arrivent à voir plus loin que leur propre vie, qui arrivent à ressentir derrière les murs et les barrières de l’existence la multitude de sentiments différents que d’autres peuvent ressentir, avec pourtant le même passé. Comme si, en dehors de l’expérience personnelle, du patrimoine génétique, de la classe sociale, une autre instance nous guidait, où plutôt, nous nous laissions guider par une autre, transcendante, mais loin de toute divinité.

Je ne saurai expliquer où réside dans ce roman cette petite chose qui fait qu’on l’aime alors que son fil conducteur est le vide, presque le coma, c’est-à-dire un moment où il ne se passe rien.

12
fév
08

Véronique Ovaldé – Déloger l’animal

Déloger l'animalDans un premier temps, je dois avoué que j’ai supporté les phrases interminables de Véronique Ovaldé, des tirets en veux-tu en voilà qui s’étalent sur des pages et des pages (sans aucune exagération). On essaie de se consoler en se disant que c’est le début du bouquin, qu’il y a beaucoup d’informations à présenter et que ça va s’amoindrir au fil des pages, mais hélas ce n’est pas le cas.

On finit tout de même par en faire abstraction. En effet, l’écrivain écrit admirablement bien, c’est drôle, c’est bien trouvé. De jolies métaphores originales et qui sonnent bien.

L’intrigue est bien menée. L’auteur déborde d’imagination, presque autant que son personnage principal, une jeune fille retardée mentale, dont on cache la vérité, et qui du coup s’invente un monde bien à elle, aidée de sa voisine de 65 ans, sa seule amie.

Avant de lire ce bouquin, j’en ai lu quelques critiques, qui m’ont appris que la fin était surprenante. Je m’attendais donc à quelque chose d’innatendu, et ce le fut, bien que tout au long de ma lecture j’essayais de m’imaginer la fin la plus incongrue. En effet, je n’ai lu que pour la fin, car le déroulement du livre n’a rien de captivant, si ce n’est l’écriture que je qualifierais presque de parfaite à mon goût. J’étais donc agréablement ravie des dernières pages, et ce sentiment m’a donné envie de découvrir d’autres ouvrages nés de cette belle plume.

12
fév
08

Daniel Pennac – Messieurs les enfants

Messieurs les enfantsUn professeur sarcastique donne à ses élèves une rédaction dont le sujet est en gros :vous devenez vos parents, et vos parents les enfants. Sa devise : “l’imagination, ce n’est pas le mensonge“. Et pourtant ce récit va nous entrainer dans un univers très éloigné de l’imagination : la réalité.

3 élèves de l’instit en question vont se voir confronter pour de vrai au sujet de l’expression écrite et devoir murir de 20 ans en quelques heures, au milieu des prostitués, des gendarmes et du directeur de l’école.

Le sujet n’a je trouve rien d’exceptionnel, l’intrigue non plus, mais l’humour est là. Un petit roman agréable, sans plus. Heureusement il se lit vite.

11
fév
08

Les plus belles bibliothèques du monde

Joanina LIbrary University of Coimbra, Portugal
A voir pour saliver sur des mets biens meilleurs que ceux culinaires communément admis : ici 
11
fév
08

Chi Li – Triste vie

triste vieRoman tout autant émouvant que court.

Une centaine de pages -le minimum syndical- pour une petite heure agréable de lectures.

C’est le récit d’une journée traditionnelle d’un ouvrier de classe moyenne chinois, dont la vie est bercée par les soucis du quotidien : sa femme, son unique enfant, l’argent bien sur, le travail, et les amours d’antan.

Aller à l’usine de l’autre côté de la rive, son bambin sous le bras, partir à 6h du matin de chez soit après avoir fait sa toilette dans une des deux salles de bain de la copropriété et supporter les sarcasmes de sa femme, déposer l’enfant précipitamment à la petite école après  avoir usé de 1000 ruses pour pourvoir monter dans le bus plein à craquer, arriver à l’usine en subisant l’angoisse du retard qui serait punit, répéter les même gestes que la veille, voire les même visages, ne pas soupirer à l’annonce d’une prise promis et non acquise, manger le moins cher possible, subir les trahisons de ses collègues… Voila quelques actions singulières de cet homme dévoué à sa femme et à sa famille, pour qui la vie n’est jamais facile.

C’est triste, l’écriture semble sincère, c’est bourré de simplicité, ça touche, ça plait. 

11
fév
08

Ryû Murakami – Bleu presque transparent

Bleu presque transparentUn homonyme du célèbre Haruki Murakami pour lequel je me passionne, et pas des moindres. Ryû s’est vu remis l’équivalent du prix goncourt japonais pour ce roman. Etrange pour un prix goncourt je trouve.

Il ne se passe rien de particulier dans cet univers glauque, au milieu des années 70. Une bande de jeunes drogués, dont on ne connait ni l’âge, ni la vie, et qui n’ont pas l’air de mieux le connaitre, se trainent à des soirées entre deux piqures et partouzes.

Une écriture sans tabou, parfois presque écoeurante, choquante, notamment ce passage de 5 ou 6 pages ou il est décrit en détail comment une jeune fille, complètement droguée à l’héroïne, se fait lachement sodomiser par plusieurs hommes en même temps, et comment elle tente ensuite de soigner ses plaies. Durant ce passage, j’ai failli arrêter la lecture, ne voyant pas l’intérêt, et puis comme d’habitude, je ne pus me décider d’arrêter un livre déjà bien entamé.

J’ai donc continué, et les passages furent bien moins répugnants. C’est le récit d’une décadence déjà déplorable il y a quelques décennies, et qui ne cesse de s’étendre. Une décadence qui touche tous les milieux, toutes les classes, et qui nous fait vraiment nous interroger sur les valeurs du travail et de la vie. En effet, ces jeunes arrivent à se procurer pour des milliers de dollars des drogues dures, sans pour autant penser une seule fois à un emploi ou au futur.

De plus, les badauds qui passent devant leur appartement donnant sur la rue ne s’indignent pas plus que ça, et s’ils préviennent la police, c’est plus du aux nuisances sonores qu’à une certaine pitié, à une envie de faire sortir ces jeunes de l’impasse sombre dans laquelle ils sont engoncés, loin de toute transparence. 

J’aime plutôt, pas d’opinion plus précise, comme l’écrivain à propos du sujet de son livre.

06
fév
08

Haruki Murakami – Danse, danse, danse

Danse danse danseLa métaphore présentée par le titre est loin d’être la meilleure qu’a fait Murakami en révérence à la vie dans tous ses livres que j’ai dévoré jusqu’à présent. Les quelques passages évoquant cette danse – qui illustre la difficulté de faire toujours quelque chose de sa vie, de savoir quel pas présenter plutôt qu’en autre, d’être en accord avec toutes les musiques, c’est à dire le reste de la société- ne m’ont pas marqué.

Mais quel détail comparé à l’intégralité du roman.

C’est l’histoire d’un homme trentenaire, qui ne fait rien de très concret de sa vie, et qui se met à la recherche, sans vraiment y croire, d’une vie plus équilibrée, moins bizard, comme lui font remarquer les rares proches qui l’entoure.

Entre ses rencontres avec une fillette de 13 ans, un ancien camarade classe devenu acteur, des prostituées, des employées d’hôtel, un poète unijambiste fiancé à une photographe lunatique, on a pas le temps d’attendre un nouveau moment de suspens. En lisant Danse, danse, danse, j’ai ressenti le même plaisir qu’en lisant Kafka sur le rivage, à cela près que le rythme était -à peine- moins soutenu.

Le style fluide, poétique, réaliste avec une pointe de fantaisie, les références aux grands musiciens jazz et rock, sont toujours de la partie.

Quelle richesse d’imagination, de culture, de vocabulaire. Murakami à nouveau surprenant.

04
fév
08

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil – Haruki Murakami

MurakamiEn lisant le résumé, on pourrait penser que cette fois, Murakami est presque tombé dans la banalité (du moins du thème). Il reprend un thème cher à un de ses condisciples, Duong Thu Huong, à savoir la difficulté des relations amoureuses et de l’oubli du premier amour.

Et pourtant, Murakami nous suprend à nouveau, nous emmène dans une romance poétique, tantôt cruelle, tantôt douce.

Au son de la musique nostalgique qui s’échappe des trompettes du club de jazz qu’il tient, au bruit des glaçons s’entechoquant dans le verre de celle qu’il a toujours aimé et qui disparaitre dans quelques minutes, à celui de son coeur qui n’en peut plus de se déchirer entre son amante et sa famille, le personnage principal laisse entrevoir les difficultés d’une existence qui parait pourtant des plus admirables.

Le début du roman est certes un peu longuet ; contrairement aux autres oeuvres de Murakami, l’intrigue n’arrive pas bien vite. Mais le fil conducteur du récit, cette jeune femme intriguante, pleine de mystère, donne du rythme et permet au lecteur de se plonger dans cet univers fort jazzy alors qu’il s’agit d’un livre.

Dans ce récit Murakami conserve une de ses particularités qui me satisfait grandement : citer des dizaines de musiciens qu’il doit écouter avec plaisir.

Un livre à conseiller principalement aux amateurs d’histoire d’amour, car il risquerait de faire un peu (à peine) baisser les adeptes de Murakami anti-eau de rose de leur estime.