12
avr

Ryû Murakami - La guerre commence au-delà de la mer

La guerre commence au-delà de la merCertains éditeurs présentent cet ouvrage comme la suite de Bleu presque transparent en reprenant les même thèmes. Je ne trouve pas.

On pourrait découper ce roman en quelques nouvelles car à nouveau il n’y a pas de fil conducteur précis. Les mots ne sont pas là pour révéler le talent de l’écrivain, ni pour raconter une histoire charmante ou pleine de suspens, ni pour distraire le lecteur, ni pour argumenter une thèse, ni pour proposer une solution. Rien de tout ça.

En parallèle deux histoires : celle d’un jeune couple qui se découpe au bord de mer et observe l’horizon, un horizon qui, dans la deuxième histoire, est le reflet de la vision de notre monde actuel par Ryu, en pire. Un monde sans espoir, gouverné par les pires tyrans, désolation de peuples, de la nature, des optimistes, destruction active de l’humanité est de ce qui fait sa grandeur : le progrès.

” Lorsqu’on mélange brutalement toutes les couleurs de la palette, quelles qu’elles soient, on finit par obtenir un vert grisâtre que l’on ne peut plus dépasser : les yeux incertains de l’homme sont exactement de cette couleur. »

La palette littéraire de Murakami est quand à elle bien riche, comme le prouve le récit de cette guerre au-delà de la mer ; au delà de la mer, mais pourtant en chacun de nous.

12
avr

Boris Vian - J’irai cracher sur vos tombes

Vernon sullivanComme Elles se rendent pas compte, ce roman de Vian a été publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Il s’agit donc d’une oeuvre plus cruelle, critique, qui s’est vue censurée à l’époque en France, et qui se déroule aux Etats-Unis.

Un jeune homme de 28 ans, métis, veut venger son frère noir mort, par sa couleur de peau. On ne connait pas vraiment les circonstances de cette mort, mais on devine qu’elles sont injustes aux yeux de Lee, le jeune homme, mais pas à ceux de la société. Il ouvre une librairie dans une petite ville et très vite se rapproche d’une bande de jeunes, où il couchera avec toutes les filles, parce qu’il est beau et qu’il les charme à la guitare.

Il s’agit pour Vian de dénoncer le racisme et les conditions de vie précaire des noirs américains. Mais la chose est assez difficile à cerner au début du livre si comme moi on n’a jamais entendu parler de ce roman.  Je regrette qu’il n’y ait pas un peu d’humour (bien que le sujet soit bien loin d’être drôle) ou de légèreté. Je retrouve bizarrement l’univers de Ryu Murakami dans J’irai cracher sur vos tombes : peu d’espoir, du sexe, des viols, des meurtres, des personnages condamnés dès la naissance, des paroles crues.

10
avr

Boris Vian - L’automne à Pékin

L'automne à PékinComme j’ai aimé ! Tant de cynisme, de talent, de références, de culture, mais surtout d’humour, d’humour et d’humour. Enfin un roman de Boris Vian comme j’espérais en lire : si l’on ne veut pas approfondir la lecture, on n’est pas obligé de parcourir une étude de l’oeuvre pour y comprendre quelques détails. Enfin l’histoire tient la route, les personnages sont certes tordus mais tellement drôles, vrais, louffoques.

J’ai vraiment adoré ce livre, surtout en y repensant.

Il y a tout de même beaucoup d’absurde et de décousu, du glauque, en particulier le premier chapitre du livre, pourtant extrêmement drôle, mais qui n’a strictement rien à voir avec la suite du texte. Belle entrée en matière en tout cas, et je pense vraiment que ce roman peut plaire à tous.

10
avr

Ryû Murakami - Les bébés de la consigne automatique

Les bébés de la consigne automatiqueUn nouveau livre de Ryû dévoré au mois de Mars dernier (je n’ai malheureusement pas le temps de me connecter quotidiennement et même hebdomadairement à Internet, d’où un immense retard sur mes “chroniques”). Pour commencer à en parler, voici un extrait assez long, mais qui je trouve résume tout à fait le style de ce livre.

“- Mais tu attends quoi ? Tu auras beau attendre, rien ne viendra jamais, ton attente n’est qu’un prétexte à ne rien faire, une illusion. Perdue dans un désert aride, tu avales du sable en croyant boire de l’eau.

Une illusion et alors ? Je vois des mirages, je sais, et alors ? J’en ai marre de l’eau, moi, j’en suis écœurée à mourir, plutôt qu’une vieille eau croupie je préfère mille fois des grains de sable qui grincent entre les dents et déchirent la gorge jusqu’au sang, je suis malade à vomir de respirer ce vieil air stagnant, mon ennui finira par recouvrir la terre et j’allumerai un feu avec , tandis que toi, pour retenir ton envie de vomir, tu écoutes toujours les mêmes vieilles chansons sans te rendre compte à quel point elle t’ennuient, comme un vieux qui va à la pèche pour passer le temps, mais moi mon ennui j’irai le brûler au soleil, il deviendra un énorme ballon d’air chaud qui se transforme en énorme nuage et quand ce nuage crèvera une pluie se mettra à tomber sans s’arrêter jusqu’à ce que tes poumons en pourrissent d’humidité, les trottoirs mouillés finiront par se fendre, les flaques s’élargiront en petites rivières coulant entre les buildings, le niveau de l’eau montera tous les jours jusqu’à ce que l’humidité empêche tout le monde de respirer et que les palétuviers poussent entre les fentes du béton, la villes les arbres s’écrouleront, pourriront dans l’eau et deviendront des nids d’insectes venimeux comme tu n’en as jamais vu, les insectes pondront des œufs d’où des larves sortiront en rampant et c’est alors que tes cauchemars d’alcoolique et d’overdose de sperme commenceront à se réaliser, les insectes viendront se nourrir de tes chairs pourries, ta chambre de malade deviendra un repaire de vers et d’araignées mais ce que j’attends le plus viendra seulement après tout ça, quand la pluie sera calmée : un soleil dix fois plus gros qu’avant se lève, et moi je vis avec Gulliver en haut d’une de ces tours restées debout et je regarde en bas et je vois des forêts tropicales et des fleurs de jungle et des gens brûlées par les fièvres, voila ce que j’attends, voila ce que je désire.”

Le style de ce livre se rapproche certes de celui de Ryû en général, mais pourtant il y a dans Les bébés de la consigne automatique quelque chose en plus. Mes petites habitudes de lectures font que lorsque je lis pour la première fois des écrivains renommés, je commence d’abord à parcourir leurs livres les moins connus pour découvrir ensuite les bestsellers, ou du moins ceux qui ont eu le plus de succès. C’est ainsi que je suis arrivée à la lecture de celui-ci après avoir lu 5 ou 6 œuvres du même écrivain. Ce qu’il a en plus ou de différent, ce sont ces phrases longues, parlées, qui se perdent en métaphores souvent simplistes mais vraies, sans faire réfléchir mais passionnantes, enivrantes.

J’ai vraiment des avis très mitigés en ce qui concerne les livres à succès, particulièrement à propos de ceux qui viennent du Japon, parce que le Japon est “à la mode”, qu’il inspire, et qu’il bénéficie ainsi peut-être de critiques moins poussées. Enfin ce préjugé est sans doute injustifié, notamment après la lecture des Bébés de la consigne automatique.

Deux nourrissons sont abandonnés dès leur naissance dans des consignes de gare et miraculeusement retrouvés vivants. Adoptés, leurs chemins n’arrêtera pas de se mêler et leur destin sera toujours lié. Leur existence sera comme celle qui semblait leur être promise lors de leur abandon : terne, effrayante, choquante. Ils seront toujours attirés par le sang, la violence, le cynisme, ils seront sadiques, cruels, vils. Et pourtant ces deux garçons sont bien différents. Hashi, peureux, influençable, popstar, Kiku athlète, admiré, attirant, courageux. Leur vie (comme le livre) sera rythmée par le sexe, la dépression, les désastres, les rencontres étranges, l’amour, la fraternité, bref, les ingrédients de toutes les dégustations de Murakami.

J’ai aimé ce livre, mais je ne vois pas pourquoi ses critiques sont si élogieuses contrairement à par exemple celles de Miso soup. J’y retrouve toujours le même refrain (dont je ne me lasse pas) mais l’histoire est en effet beaucoup plus détaillée, arrangée, maitrisée ; pas étonnant vu la longueur du roman.

Bref, je me tarde toujours à lire la trilogie de Ryu qui apparemment ressemble beaucoup à Bleu presque transparent, et qui risquerait dont de faire baisser énormément ce Murakami dans mon estime.

27
mar

Boris Vian - Elles se rendent pas compte

Boris vianPetit roman très peu connu de Boris Vian, aux allures de polar noir, très noir, et qui ne rentre pas dans la catégorie de l’absurde.

J’ai donc eu avec grand plaisir la surprise d’un livre de Vian qui était pour une fois (presque) pas tiré par les cheveux. Modérément dirons nous.

Le récrit est  à la première personne du singulier et le langage de plus en plus bâclé. Enfin, c’est l’effet souhaité et donné par l’écrivain. Au fur et à mesure que le personnage principal, un homme de la vingtaine, rentre dans son histoire, est submergé par les émotions, et réalise la complexité et la folie de ce qui lui est arrivé, que le style devient de plus en plus simpliste, le vocabulaire de moins en moins recherché, voir de plus en plus vulgaire.

Cet homme tente de sauver son amie d’enfance de 17 ans, tombée dans la drogue, entrainée par un gang de gays et lesbiennes (on dirait presque la mafia).

C’est une véritable course poursuite entre lui et son frère et cette bande d’originaux, assassins et sans pitié. Les scènes sont souvent violentes, qu’elles illustrent des bagarres ou des baiseries. Le ton est volontairement cru et sans laisser entrevoir d’espoir.

C’est agréable de lire enfin avec autant de facilité une œuvre de Boris Vian, où les femmes on encore une fois toute leur place (la tête du gang est une femme). On ne se rend même pas compte que l’on est au milieu du XXème siècle, et l’on a pas pour une fois à trier quels détails sont à retenir, puisque Vian en vient directement à l’essentiel.
26
mar

Vian Boris - L’herbe rouge

l'herbe rouge, boris vianVian repousse plus d’un lecteur assidu sans même que celui-ci l’ai déjà lu, parce qu’au même titre que Jules Vernes ou Wells et à la même époque, il considère plus de choses que celles qui font la banalité du quotidien et la lassitude de la vie, ou plutôt il va beaucoup trop loin de la réalité et du rationalisme pour être considéré avec un grand écrivain. En effet pour beaucoup il est plus aisé d’écrire de jolies choses en ne se limitant pas à la réalité, parce que notre champ d’action et d’interprétation et plus grand, moins risqué. Je ne fais pas partie de ces personnes qui osent un jour, souvent par dépit, saisirent un livre de Vian et, au choix, renier leurs anciennes considérations, ou, au contraire, les défendre et ne plus jamais considérer Vian. Je fais partis de ceux qui ont toujours été bercé par les proses de Vian, par l’impact de ses oeuvres sur la littérature d’aujourd’hui.

Le récit ? Fantaisiste, absurde, avec une pointe d’autobiographie. Deux mondes s’opposent : l’un plus ou moins réaliste et l’un complètement tiré d’un univers de science fiction, avec une machine à effacer les souvenirs (après les avoir intensément ressassés). Le personnage principal, Wolf, passe de l’un à l’autre et non s’en mal, ce qui le conduira dailleurs à une fin étrange. Sordide?

Deux femmes apparaissent dans le récit et ont des rôles bien distincts de ceux des hommes. Pourtant l’on n’hésite pas à les considérer supérieures :

” - Pourquoi est-ce que nous résistons mieux? demanda Lil

- Parce que nous avons un préjugé contre nous, dit Folavril, et ça nous donne à chacune la force d’un ensemble. Et ils croient qu’on est compliquées à cause de cet ensemble. C’est ce que je t’ai toujours dit.

- Alors ils sont bêtes, dit Lil.

- Ne les généralise pas à leur tour, dit Folavril. Ca va les rendre compliqués aussi. Et chacun d’eux ne le mérite pas. Il ne faut pas penser ” les hommes” mais “Lazuli” ou “Wolf”. Eux pensent toujours les femmes, c’est ça qui les perd.”

Rien d’étonnant en pleine période Simone de Beauvoir et ses Deux sexes.

Finalement comme à son habitude B. Vian enrichit son récit de ses propres expériences et visions de la vie tout en ommétant pas d’embellir la chose de nombreuses références musciales et littéraires.

Un peu trop de surréalisme à mon goût tout de même pour peu de moments révélateurs, mais il y en a, notamment lorsqu’il évoque la religion.

26
mar

Murakami Ryû - Miso soup

miso soupVous venez de lire les premières pages ? Alors considérez que vous avez aussi lu les dernières. A nouveau ce livre de Ryû se termine comme il commence ; même univers, même ressentiments, même personnages, même ambiance, même ton. Et le dénouement auquel on pouvait s’attendre s’avère exact. Pourtant, absence de déception.

Et effet je pense qu’un lecteur de R. Murakami est prévenu, préparé et persuadé quand à l’atmosphère qui règnera dans chacun de ses romans. Et une telle monotonie, lassitude, un tel pessimisme dans le style et dans l’esprit de l’écrivain ne peut laisser place qu’à une histoire sans grand suspens.

Descriptions des bas-fonds de la société japonaise, des âmes qui, trop chamboulées par une guerre et des atrocités, ne se régénèrent pas, tout comme les corps qui les enveloppe, et qui, empreints de blessure et de compassion, témoignent de la détresse de la jeunesse japonaise mais aussi de tout un peuple.

Ce livre de Murakami est donc pareil à tous les autres, les siens : peu de personnages, passages horrifiants, sentiment de dégoût de l’auteur qui perce les ligne et remplace les mots. La trame est écrire pour être suivie mais peu importe si vous ne retenez rien de l’intrigue ; on dirait encore une fois que l’écrivain cherche à ce que son lecteur s’attache aux moindres détails et scènes tragiques, effrayantes, plutôt qu’à la profondeur du récit (peu flagrante), et tant pis pour le style et la reconnaissance littéraire.

A nouveau donc, R. Murakami ni une histoire de meurtre, ni une d’amour, ni d’aventures d’étrangers occidentaux débarquant au Japon, ni de prostitution, encore moins de délinquance, comme les résumés de quatrième de couverture pourraient le laisser présager mais bien un méli-mélo de tout cela qui n’est en fait que la représentation peu objective (ou pas) que se fait Ryû du Japon de la fin du XXème siècle dont il avoue faire entièrement partie et dont il n’existe aucune échappatoire.

08
mar

Natsuki Ikesawa - La soeur qui portait des fleurs

La soeur qui portait des fleursComme beaucoup d’écrivains japonais (je pense aux Murakami notamment), Natsuki est passioné par la civilisation grecque et a un grand nombre de connaissances scientifiques.

Ces deux aspects de sa personnalité ne se ressentent pas du tout dans La soeur qui portait des fleurs.

L’histoire commence agréablement par le récit de la vie d’une jeune japonaise à Paris. Les descriptions de la ville et des ressentiments de l’étrangères face à la capitale mais aussi au particularité des autochtones sonnent bien. Et puis ce récit s’interrompt pour laisser place à un narrateur qui s’adresse au lecteur, ou plutôt qui emploie (et emploira jusqu’à la fin du livre) le pronom “tu”. Procédé littéraire afin d’inviter le lecteur à se rapprocher de l’histoire et de ses personnages, c’est réussi. Le roman sera construit comme un cycle géoclimatique : une alternance de périodes interglaciaires (plus courtes, apportant un peu de chaleur, d’espoir, qui illustrent les pensées et les aventures de la jeune fille) et de périodes glaciaires (cruellement froides, dont on ne voit pas la fin, et à l’intérieur de laquelle la vie peut difficilement  s’installer).

Ce qui relie les deux personnages ? Ce sont un frère et une soeur cadette, 5 ans les sépare, mais ce n’est pas tout. Le premier est peintre de renom mais aussi toxico, la seconde interprète, vadrouillant un peu partout dans le monde. Le premier se verra condamné pour détention et vente de drogue tandis que la seconde fera tout pour sauver son frère, malgré les difficultés, qui sont particulières puisque le frère était à Bali au moment de son arrestation, et qu’en Indonésie, la justice est très dure envers les étrangers.

Mais je n’ai pas eu vraiment d’attrait pour ce combat de la soeur pour son frère, qui est le thème essentiel du roman. Ce que j’ai préféré, c’est comment la passion du garçon pour la peinture  était retranscrite, à la fois grâce à ses rencontres, mais aussi ses oeuvres, ses techniques. Jene suis vraiment pas une passionée de peinture, mais j’ai vraiment apprécié ces passages ou à travers l’intérêt que porte un peinte pour son tableau se ressent à travers des mots.

Les paysages ont l’air d’être magnifiques aux alentours de Bali, et les gens aussi. C’est ce qu’il y a de plus beau dans ce livre.

08
mar

Bernard Werber - Le mystère des dieux

Le mystère des dieuxJe viens de l’achever il y a à peine une minutes et je suis partagée.
Partagée, parce que jusqu’aux dernières pages (les 10 dernières à peu près) j’ai été très déçue par ce dernier opus.
En effet dès le début, la même histoire est répétée sur des dizaines de pages, un peu comme si elle était vue sous un autre angle à chaque fois. Michael Pinson, personnage principal depuis le premier tome, les Thanataunautes, à tout les privilèges, accordés non seulement par l’écrivain mais aussi au sein même du livre. C’est toujours lui qui a tous les droits, et c’est toujours lui le meilleur, celui qui prend les meilleurs choix, le seul à pouvoir comprendre l’histoire.
Car l’histoire ne s’enchaine pas aussi bien que ce à quoi Werber nous a habitué ; dans les précédents ouvrages, on pouvait observer les moindres recoins de l’imagination de l’auteur. Dans le Mystère des dieux, on a souvent l’impression que le travail est bâclé.
Depuis toujours, et particulièrement après la sortie du Papillon des étoiles, Werber est bien loin d’être le chouchou des critiques littéraires. On reprochait à ce dernier de refaire encore et toujours la même chose, d’aborder les même thèmes, les même personnages. Pourtant le Papillon des étoiles m’avait vraiment plu.
Mais cette fois, je suis les critiques.
D’ailleurs Werber a mis en avant ces critiques ; Michael Pinson s’incarne dans sa vie d’écrivain, et si le nom est différent, on sent une forte ressemblance, ce qui laisse penser un certain pédantisme et égocentrisme de Bernard Werber. Décevant.

Les habitués des romans de Werber (je les ai moi-même tous lus) savent et souvent apprécient le fait que l’écrivain enrichisse son récit d’extrait d’une certaine “encyclopédie” (la aussi le terme est assez pompeux) dont il est lui même l’auteur. En règle général, ces extraits, souvent historiques, mythologiques ou scientifiques, concordent parfaitement avec ce qui est dit dans le récit juste avant ou après. Mais dans le mystère des dieux, c’est souvent loin d’être le cas, et là encore, c’est décevant.

Je ne peux malheureusement pas trop préciser ma critiques, parce qu’elle révèlerait le fil du récit, et ce ne serait pas sympa vis-a-vis du lecteur qui n’a pas encore commencé ou achevé le bouquin.
Mais je dois quand même préciser que j’ai enfin été ravie, et que j’ai eu le sentiment de retrouver l’écrivain que j’apprécie, une fois arrivées vers la 460ème pages du livre (qui en compte environ 475). Soulagements. Agréable surprise, après des passages encore plus décevant : on n’a à peine le temps de trouver l’histoire intéressante qu’elle bascule complètement, sans véritable justification. Et tout se déroule en accéléré. Alors que dans chaque roman on découvrait un  à un la signification de chaque chiffre (0,1,2, 3 etc…), dans celui-ci, on en découvre beaucoup, beaucoup trop pour ne pas ressentir cette impression de travail bâclé.

Bref, je suis sans doute un peu trop sévère avec Werber, mais il est tellement rare que des écrivains imaginatifs utilisent la science pour écrire des romans qu’on a le droit de les admirer et d’être déçus parfois. Ceci dit, Le mystère des dieux (et surtout les précédents opus) reste un livre agréable.

28
fév

Ying Chen - L’ingratitude

L'ingratitude de Ying Chen“(…) ils s’empressent de m’éliminer de la surface de leur terre. Mais il y a bien d’autres corps à brûler. Sur la voie du néant comme sur toutes les autres, il faut faire la queue. Garder la vertu de la patience. Attendre avec un sourire compréhensif.(…)”

Les premières pages de L’Ingratitude sont je trouve admirablement bien écrites. Le style est fluide, poétique, émotionnel, et en plus, ça sonne bien.

Ying où plutôt l’héroïne de l’histoire, une jeune fille chinoise étouffée depuis toujours par sa mère possessive, sadique et déroutante, nous raconte comment elle en est venue à vouloir se suicider, et ce qu’il arrive à elle-même et ses proches maintenant qu’elle est partie. Elle retrace les faits de sa vie qui l’ont marqué, tente de prouver au lecteur qu’elle est une victime, non pas une victime d’un homicide ou de manipulation, mais bien une victime de l’admiration. Cette admiration qu’elle porte à sa génitrice alors que cette dernière fait tout pour l’enfoncer et faire de sa fille une jeune femme bien sous tout rapport mais sans caractère, maîtresse dévouée à son mari et ses enfants. Consciente du comportement exagéré de sa mère, elle ne fait pourtant rien pour arranger les choses. Elle s’engage dans des histoires compliquées, contredit sa mère, méprise son père.

L’héroïne n’a donc rien d’un ange, et pourtant son cas, critique, émeut. Elle donne l’impression d’une fille qui n’a pu vivre ni enfance, ni adolescence, ni âge adulte ; une fille sans vie, écrasée par une mère sans coeur - et plus tard par un camion qui mettra fin à ses jours avant qu’elle ai pu se suicider. Il y a dans les relations mère-fille quelque chose d’unique qu’elles ressentent mais ne comprenne pas.

L’histoire est donc touchante, mais un peu longue tout de même (même si le roman ne fait qu’une centaine de page, il ne se passe pas grand chose). Mais c’est justement ce “pas grand chose qu’il se passe” qui traduit la réalité de la vie de la jeune fille et plus largement celle de milliers de jeunes chinoises, condamnées à épouser un mari qu’elle n’aime pas forcément pour mener une vie correct et être acceptée par la société.